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COURIR À PERDRE LA RAISON

 

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LES ETATS D'AME D'UN COUREUR POETE

 

LA RAGE DE COURIR

Bienvenue sur le site officiel de Christian Fatton!

Vous êtes sur le site d’un coureur passionné de course à pied d’ultra qui se plaît d’essayer de repousser ses limites.

L’amitié trouvée en course et de nouveaux défis sportifs sont mes moteurs. J’ai la chance de pouvoir compter sur de nombreux amis, mes enfants, ma famille ou ma femme pour me ravitailler lors de ces grosses compétitions. Merci sincèrement, je leur dois la plupart de mes meilleurs résultats lorsqu’une assistance est autorisée.

Je vous laisse aussi découvrir mes poèmes dont les idées me sont venues souvent en courant. Au travers des menus, vous apprendrez ainsi à me connaître un peu mieux et vous invite à me contacter.

Dans la mesure de mes moyens, j’essaierai de répondre à vos attentes.La course à pied, malgré mon esprit compétitif, est pour moi un espace de rencontre et de partage amical. C’est pour moi souvent un lieu festif plein de joies diverses.

Je vous souhaite de bons moments sur mon site, mais n’oubliez pas l’heure de votre entraînement!

Dernières News :


Lyon-Sainté-Lyon 152 km, le 30 novembre-1er décembre 2019


Pour la première fois de manière officielle dans le cadre de la Sainté-Lyon (Saint-Etienne-Lyon 76 km cette année), qui en était à sa 66ème édition, un aller-retour était organisé et donnait lieu à un classement distinct. >La Sainté-Lyon, c'est environ 7000 coureurs solos et 17'000 au total avec les différents formats de relais à 2, à 3, à 4, en mixte, en F/H et diverses distances sont proposées, soit 12, 23, 44 et 76 km. C'est peut-être le plus grand rassemblement de coureurs traileurs du monde?

Le départ de l'aller était donné à la salle Tony Garnier à Lyon à 9h30 samedi matin avec une météo agréable. Il fallait avoir le tracé sur une montre ou sur son téléphone portable. Je n'ai pas réussi à charger le tracé sur mon natel.  Beaucoup de coureurs se sont trompés à l'aller, comme nous aussi et nous avons constaté au retour où nous avions fait des erreurs. Nous avons bien perdu 40 minutes. Il n'y avait pas de balisage dans le sens Lyon St-Etienne et à plusieurs carrefours, nous ne pouvions pas voir les panneaux du balisage du sens St-Etienne-Lyon car il n'y en avait simplement pas à proximité. Il n'y avait pas de chrono sur les 76 km de l'aller mais il fallait arriver en moins de 13h.

C'était à chacun de gérer son temps de course, rapide ou lent et de ce fait de pouvoir se reposer plus ou moins longtemps à Saint-Etienne, en vue du retour chronométré. Un classement était réservé pour les coureurs qui faisaient l'aller et le retour. Il y avait sauf erreur 300 places disponibles pour cette épreuve. Après nous être restauré d'une assiette de spaghettis à notre arrivée à St-Etienne, nous avons pu nous coucher 40 minutes sur notre matelas gonflable, sorti de notre sac d'accompagnement. Nous nous sentions en forme au départ pour le retour. On espérait pouvoir dormir plus mais avec une grosse bourde de parcours avec une dizaine d'autres coureurs, nous avons galvaudé notre temps de récupération. Une seconde erreur à l'entrée de St-Etienne, due à une erreur du tracé GPX qu'un coureur avait sur sa montre-GPS nous oblige encore à faire de l'escalade par-dessus un haut portail métallique, car nous nous retrouvions coincé dans un cul de sac.

Les heures de départ pour le retour étaient de 23h30 à 0h30, à raison d'un départ chaque quart d'heure. Nous partions avec la première vague.

La météo s'est détériorée et il commençait à pleuvoir vers 23h45, et rapidement assez fort. Le terrain, déjà bien humide devenait très rapidement un gros bourbier. Le piétinement d'autant de monde transformait le sol avec plus de 10 cm de boue. En côte, ce sont des vagues d'eaux boueuses qui dévalaient les sentiers. Parfois, des immenses flaques étaient quasiment inévitables. C'était très glissant et l'équilibre était assez précaire en descente surtout avec la boue qui cachait bien des pièges. J'avais passablement mal aux chevilles après la course malgré un abandon pour moi au retour vers la mi-parcours, en état d'hypothermie. Je n'arrivais plus à gérer mes mains pour ouvrir mon sac à dos et changer ma lampe frontale à la batterie déchargée, ni à m'habiller plus chaudement. J'ai dû demander de l'aide à des coureurs d'abord puis à des spectateurs pour qu'ils enroulent ma couverture de survie autour de mon haut du corps et renfiler ensuite ma veste imperméable (enfin vendue comme telle mais existe-t-il un habit imperméable et un peu respirant?) Mais c'était trop tard et mon rythme dans cette boue était trop lent pour que j'arrive à me réchauffer un peu.

Dans ces conditions très difficiles, Julia, ma championne de femme, fait une excellente course pour terminer 2ème femme, 35ème du scratch H/F, en 11h09.44, à seulement 3 minutes 1 seconde de la première femme, la Roumaine Florina Vasutiu, créditée de 11h06.43, 33ème du scratch H/F.

https://saintelyon.livetrail.net/classement.php?course=152km&cat=scratch

https://www.saintelyon.com/

C'était une expérience somme toute intéressante et avec un monde pareil, il faut reconnaître que si tout n'est pas parfait (queue dans les tentes pour se ravitailler) c'est une organisation efficace pour transporter les sacs, nous offrir un repas chaud à l'arrivée, nous servir à manger et des boissons, cafés, thés au départ le samedi matin, les bus pour ceux qui abandonnent, etc...mais à la lecture des comptes-rendus des précédentes éditions et à entendre certains coureurs ayant plusieurs fois participé, les conditions sont parfois dantesques et c'est presque normal de trouver cela à cette course. La compét, c'est fini pour cette année 2019. A bientôt tout de même avec un compte-rendu du Trail des Truffières...

News postée le : 03.12.2019

Julia au 24h des Championnats du Monde d'Albi 2019

Vous pouvez lire dans les articles de presse, 2 articles au sujet du résultat de Julia à Albi. http://christianfatton.ch/presse_articles.php
Elle prend une bonne 20ème place avec 221.365 km.
Elle est partie à 10 km/h pour essayer de battre son record de 2017 de 236 km. Elle a bien tenu le coup jusqu'aux 17 h, voir 18h où le record était encore possible. Mais ça devenait dur... Comme beaucoup d'athlètes, elle a fini le dernier quart plus difficilement, peut-être en raison de la chaleur du jour d'avant... Elle perd quelques places puisqu'elle a été un moment 15è. Elle va même être 23ème mais sa ténacité va lui permettre de revenir à la 20ème place. C'était très serré derrière elle, puisque la 22ème n'est que 165 m derrière. C'est dire s'il fallait lutter et serrer les dents jusqu'au bout. Avec l'équipe d'Allemagne, elle décroche le bronze par équipe, après déjà à Brive en 2010 et Belfast en 2017. 

News postée le : 04.11.2019

Course OPEN 24h d'Albi 26 & 27 octobre 19, dans le cadre des CM

Petit retour sur les 24 h d'Albi que j'ai couru dans l'épreuve OPEN, et heureusement...

Rapidement, enfin après 4h j'ai ressenti des jambes vides alors que je m'étais plusieurs fois ravitaillé en gels et régulièrement en boisson. J'avais 39 km, donc, je ne crois pas que c'était la vitesse. Après 6h, je n'arrivais quasiment plus à trottiner. Je me suis arrêté 5 minutes sur ma chaise et j'ai mangé et bu et réfléchi. La forme n'était bizarrement pas là du tout, mais alors vraiment absente. Que faire, continuer? Pour quel résultat? Et si ça repartait? Début 2019, mon but pour cette année était de n'abandonner aucune course. Ce but était censé me préparer à rester dans le coup et passer les crises lors de mes ultras, en prévision d'être bien préparé mentalement pour le SwissPeaks 360 km, afin d'éviter l'échec de 2018. Tout ça m'avait bien réussi jusqu'au SwissPeaks que j'ai terminé. A présent, c'était derrière.

Mais j'ai continué tout de même jusqu'au terme des 24h, (154.877 km, c'est assez misérable) pour ne pas connaître d'abandon en 2019. Il me reste normalement 2 courses.

Une fois cette décision prise, c'était clair dans ma tête que j'allais tenir et arrêter de me poser toutes sortes de questions, ça ne va pas? Ce n'est ni la première fois et certainement pas la dernière mais ça me forge mon caractère direction crocheur quand même assez indispensable dans l'ultra. Cela m'aide à passer les futures périodes néfastes de mes prochaines courses. Et j'ai dit quelquefois que je ne voulais pas de pitié de certains coureurs qui avaient visiblement de la peine à me voir marcher... J'étais positif malgré tout et de bonne humeur. J'ai eu plusieurs belles discussions avec quelques athlètes amis ou inconnus pour moi. 

J'ai beaucoup couru cette année et la préparation pour me remettre à la route était assez courte après le SwissPeaks 360 mais je crois que j'étais assez bien préparé tout de même. J'ai été à la limite des périostites avec la reprise du bitume comme surface d'entraînement à raison de 2 semaines à 150 km, au faîte de ma préparation.

Une très forte migraine m'a réveillé vers les 2 h du matin avant la course. Mais je ne crois pas que ça ait joué un si grand rôle à me voir à bout de force après 6 h.

Cet épisode me rappelle plutôt d'autres contre-performances, voir d'autres plantées monumentales dont une avait été à l'origine de la découverte de ma thyroïde atrophiée. Suite à des contrôles sanguins pour essayer de comprendre ce qui ne jouait pas.

Je pense donc, même si cette fois je ne suis pas encore allé faire un contrôle sanguin, que ma thyroïde a dis-fonctionné.

Toutefois, en marchant ainsi sur le parcours et en prenant garde de ne pas gêner les coureurs, en prenant mes contours au large, j'ai pu profiter du spectacle en y étant au plus près. Avec le niveau qu'il y a eu à Albi, c'était intéressant de voir ces vedettes tourner...

Grand plaisir aussi avec les nombreux encouragements pour ma persévérance, que j'ai reçu de personnes que je ne connaissais pas mais qui sont restés de longues heures en bordure le samedi et qui sont revenus le dimanche. Certains étaient surpris de me voir toujours en route et m'ont dit mais vous êtes indestructibles, vous… Oui, le mental était là mais c'est malheureusement tout ce que j'avais. J'aurais quand même bien voulu avoir au moins la force de courir. Beaucoup d'amis coureurs sont passés en spectateurs et ça m'a fait très plaisir de pouvoir discuter de quelques mots durant les 24h ou avant, ou après la course. Le Week-end a été beau malgré tout et c'est bien là le problème, cela m'incite toujours à rester  dans l'ultra!

News postée le : 03.11.2019

2 x 6 heures de Vierzon et EcoMarathon Ticino, Pavia

les 5 & 6 octobre 19, nous courions 2 x 6 h dans les cadre des 24h des Quais du Cher à Vierzon. Le parcours tracé en partie sur une grande place et au long d'un espace vert, traversait aussi une salle d'exposition en diagonale où le ravitaillement était situé. A l'intérieur également, des rangées de tables de part et d'autre du parcours pour les ravitaillements personnels.

Une inconnue demeurait en prenant le départ, était l'intensité à donner le 1er jour, de 11h à 17h. Car le lendemain, il fallait si possible être en forme pour le 2ème 6h, de 5h à 11h et finir de courir avec les athlètes qui finissaient leur 24h. J'ai opté pour un rythme à peine supérieur à 10 km/h, Julia pour un bon 10,5 km/h. J'arrive à tenir assez bien mon rythme qui qu début me semble assez facile. Je vais faire 62.8 km, Julia en a 2 de plus, mais nous sommes arrêtés à la fin du tour après avoir couru 6h de temps. Donc, je suis arrêté à 6h et 4 minutes 30, Julia après 6h et 4min 15. Le dimanche matin, nous devons patienter ces 4 minutes et quelques secondes pour avoir le droit de repartir. Nous partons donc les uns derrière les autres en fonction du temps du jour d'avant. A ce jeu-là, je pars le dernier et je ne me rapprocherai pas de Julia, qui va bien plus vite que moi. Elle retrouve son tempo du jour d'avant, comme le futur premier, Steeve Gault qui double aussi son kilométrage pour le porter à plus de 132 km, Julia fait pareil pour en parcourir 128.5. Moi, je peine avec un estomac balloné, le déjeuner n'a pas bien passé et cela me fait un souffle court. Les jambes sont aussi pas mal fatiguées, assez lourdes à soulever. Il me faut quelques tours ou environ 45 minutes pour commencer à me sentir mieux. Je vais faire du 9 km/h, pour un total final de 117.8 km. C'est différent d'un 12h d'une traite, mais je suis tout de même satistait car j'ai pu faire mieux que mes 2 derniers 12h, l'an passé en septembre après le SwissPeaks et ce printemps à Belgrade. J'ai profité de voir comment je supportais les gels pour me ravitailler et d'autres aliments.
Au final, Julia est 2ème et je finis 3ème scratch... sur 6! Aucune autre femme au départ.
Nous étions les 3 premiers à courir dans l'optique d'un bon week-end d'entraînement en vue des 24h des Championnats du monde à Albi, les 26 & 27 octobre prochain. Enfin, Steeve et moi courrons en OPEN, course parallèle organisée pour quelques anciens d'équipes nationales principalement, ou de jeunes loups qui tentent de rentrer dans l'équipe, comme  Steeve. 

Une semaine après, à Pavia, un trail de 60 km mettait un terme à notre préparation pour une ultime longue sortie de 5h36 et 5h37, moi juste une minute derrière Julia. Elle m'a rattrapé après  38 km, moi qui avait peur du délai de passage après 35 km, je suis parti un peu plus vite et si j'ai un peu perdu mon rythme autour du 25ème kilomètre, c'était aussi en partie aux nombreuses petites bosses et trous hauts de 2-3 mètres seulement mais très raides et qui cassaient bien le tempo. Mon dos m'obligeait à me contrôler dans ces petites descentes et ces passages en montagnes russes. J'avais quelques douleurs qui me gênaient pour les assimiler et les passer en souplesse. La course faisait 60 km mais nous remontions jusqu'au 35ème km le fleuve Ticino, qui se lance dans le Pô . Là, pour le retour, nous le redescendions de l'autre côté en empruntant moins de seniters tortueux et bosselés. Ce qui favorisait un retour plus rapide. J'arrive à m'accrocher à Julia, parfois je suis même devant elle. Nous nous faisons rattraper par un coureur au 40ème, mais il va flancher dès le ravitaillement du 45ème et je lui prends 5 minutes, de même que 3 autres encore davantage victime d'un coup de barre et qui vont perdre jusqu'à 40 minutes sur les 12 derniers kms. En faisant un retour au calme à contresens du parcours sur 2 km, je vais les recroiser alors que je suis encore allé à l'auto pour me mettre au sec et me défaire de mon sac de course. Au repas d'après course, nous discutons avec un nommé Michele, qui nous avoue avoir fait son premier ultra, et dans la foulée, plusieurs femmes à notre table disent la même chose. Sans doute qu'il y en avait donc plusieurs et que certains ont justement payé le fait de dépasser leur distance habituelle avec un départ un peu trop rapide qui rend la fin de course pénible. Le parcours méandrait dans le parc naturel Ticino qui suit cette grosse rivière. Plusieurs sortes de végétations et de biotopes ont été parcourus et nous avions l'impression d'être loin du monde. Nous avons bien traversé un ou 2 villages mais le lit du cours d'eau se creusant dans la nature, nous ne voyions que rarement des maisons ou des toits au loin. 

Nous espérons que ça jouera à Albi, moi j'espère mieux passer qu'aux 24h de Tullins ce printemps et dépasser les 200, 210 km. Je ne rêve plus trop... Julia, elle, je la sens bien en forme, déjà après son bon temps et sa médaille de bronze aux 100 km du championnat d'Allemagne dans sa catégorie, 5ème femme en 8h53. Et son double 6 h a aussi montré qu'elle faisait mieux qu'un 12h d'affilée. Et il me semble sans qu'elle se donne à fond, comme au trail de Pavia.  à bientôt

News postée le : 23.10.2019

SwissPeaks 360, du Glacier au Léman, 362 km, 26'500 m dénivelé

Le Swisspeaks 360 m’a comblé cette année, 1er V3 et 17 au scratch en 112h56 min après une belle remontée depuis le 224e km situé au ravitaillement de Planproz où je fais mon dernier vrai roupillon, d’une heure. Une dernière sieste de 15 minutes à Conches au-dessus de Morgins me permettra de tenir jusqu’à l’arrivée du Bouveret.

J’ai été accompagné par un autre coureur, Benjamin, depuis Champéry pour finir le travail à 2. Les derniers km sont toujours très ou trop longs donc cela nous a bien aidé de ne pas être seul pour ce tronçon que je n’apprécie pas spécialement, car un peu trop tortueux à flanc de coteaux. La pluie et le brouillard et le vent depuis les hauts de Champéry n’on rien arrangé non plus au niveau du plaisir. Les nombreux messages reçus par différents canaux du net alors qu'il me restait plus de 20 km montrent le décalage qu'il y a entre le spectateur et le coureur. Pour moi, tant que je n'avais pas passé la ligne, il n'était pas question d'être euphorique. Il fallait finir avant tout. Une chute est si vite arrivée et j'en ai fait l'expérience encore sur la crête frontière qui domine les pistes de ski, enfin, le domaine skiable de Châtel, quelques kilomètres auparavant. La pluie avait rendu le calcaire particulièrement glissant et par 2 fois, je n'ai rien vu venir, je me suis retrouvé à terre, parmi les roches affleurantes. Elles peuvent vite faire mal si un genou tombe dessus. 

Mais comme je suis heureux d’en être arrivé au bout ! Car c’est assez monstrueux comme effort en dormant un minimum, 7 siestes pour 5h25.

Mais revenons au début de l'aventure; Mon hôtel était situé à 50 m de la ligne de départ. Chambre mansardée du 3ème étage, avec vue sur la vallée descendante et sur la rue principale avec l'arche de départ. A 9h30, mon sac est enfin prêt et je réponds encore vite fait à quelques messages et e-mails sur mon iphone. Dans une demi-heure, on part... je me baisse, me relève un peu sec et me tape la tête sur une arête d'une poutre de la mansarde, un bon coup qui me fait voir un peu les étoiles. 
Je confie mes sacs aux bons véhicules, qui pour l'arrivée, qui pour les bases de vie. Je me place dans le peloton et discute avec Cornelia jusqu'au coup de pistolet libérateur. Je trottine et il me semble ne pas avoir de jambes, la sensation est mauvaise. Est-ce l'appréhension de ce parcours que je trouve monstrueux? Il est clair que ces 2 derniers jours, j'ai profité de travailler dans mon jardin pour penser à autre chose, Est-ce cela qui va me coûter une grossse frayeur? Après 33 minutes 30 et environ 339 m de dénivelé,  c'est le souvenir que j'ai de mon écran consulté juste après l'événement qui m'a presque bloqué le dos en lumbago. En tirant un peu plus pour grimper des hautes marches de pierres, j'ai senti que mon dos se tendait subitement. Je connais bien ce phénomène, car je suis abonné aux lumbagos depuis mes 40 ans. J'arrive à en éviter certains en protégeant mon dos des courants d'air, l'hiver principalement, mais parfois il se bloque par un faux mouvement, comme en 2018, en me relevant des WC, le jour avant les 100 km de Seregno. Durant une heure, je ne sais pas trop ce que ça va donner, mais il va finir par se détendre. Toutefois, je vais ressentir une piquée entre les vertèbres quelques fois durant la course, mais cela ne va plus m'inquiéter. Mais non, pas ça... pas maintenant, non... sont les premiers mots qui me sont sortis quand cet épisode a failli me laisser sur le carreau. 

Une chute qui m’a vu me fêler une ou 2 côtes au début en tombant sur ma gourde. Je vais détendre un peu le serrage du sac pour éviter des frictions douloureuses sur le côté droit, vers les flottantes. A l'heure où j'écris ces lignes, une semaine après mon arrivée, j'ai toujours mal et peut-être davantage qu'en courant! Tant mieux, mais je n'y comprends rien. 

Une autre chute en bas du Col de Barberine qui me fait comme un Caran d’Ache sur la cuisse gauche et où je casse un bâton carbone.
Avec un seul bâton, ce n'est pas facile, donc je vais essayer de trouver un remplaçant. A la vue de piquets pour barriière électrique, en bas du Col d'Emaney qui suit, je me dis que ça peut faire l'affaire. Le fil est entouré autour de cette tige plastique qui a l'air quand même assez solide et haute d'environ 1 m 10. Je me fais secouer 2 fois en essayant de libérer le piquet et j'abandonne. Le courant n'était pas trop fort, au contraire de la barrière à moutons, grillagée en fils, que j'avais soulevée au Chummerfurgge, le Col qui suit la Blinnental au-dessus de Reckingen, le 1er jour. Ce jour-là, j'ai soulevé la barrière en déplantant un piquet afin de la passer par en dessous, c'était un quadrillage et non 2 ou 3 fils tendus. Le hic, c'est qu'en prenant le piquet par la pointe métallique qui sert à le planter dans le sol, j'ai repris une décharge assez forte, j'étais au sol en train de passer et j'ai failli tout lâcher mais au dernier moment, je l'ai encore tenu afin d'être sûr de ne pas être empêtré dans la barrière et de prendre d'autres décharges. Heureusement, l'espace entre les décharges était assez grand pour que je n'en subissie qu'une. Mais elle m'avait bien secoué le bras et l'épaule. 

Retour au bas du Col d'Emaney. Ce piquet électrifié est donc resté en place... mais par chance, en montant davantage, je trouve plus haut quelques piquets au sol. Un est fortement abimé et je soulage un peu ma conscience en me disant qu'il est moins dommageable que les autres. Il va me servir à garder l'équilibre. Je vais le déposer à l'arrière d'une ferme, peu avant Champéry, au côté d'un autre. J'avais un peu mauvaise conscience mais je ne suis pas sûr que sa pointe à qui les renforts latéraux pour la stabilité étaient cassés, le fasse encore tenir correctement. 

Pour en revenir aux 2 chutes principales, aucune des 2 ne m’a vraiment freiné même si par moment j’avais de la peine à lever la jambe gauche.
La petite sieste de 15 minutes m’aura un peu libéré du mal à la jambe qui faisait retenue en escaladant les dernières bosses, dont celle de Bellevue au-dessus de Morgins. Brouillard à nous la cacher intégralement, la vue!. J’aurais dû faire cette sieste à Morgins déjà car le rendement était mauvais avant d’être à nouveau étrangement assez fit après ce quart d’heure à roupiller. C’est assez incroyable de voir les effets rapides du dormir, même très court.

J’ai mangé partout où il y avait du chaud qui nous était proposé. Les pâtes et les pdt sont les carburants que j’ai préféré. La tartiflette avalée goulûment à Fleschboden au km 70.6, à 23h dimanche soir environ, je crevais de faim, m’est restée sur l’estomac. 12 h de temps à avoir de la peine à souffler pour cause de ventre très gonfle pesant sur les poumons. Cela me coûtera momentanément une bonne quinzaine de places de perdues. Je naviguais à ce moment là tout proche de la 70e place. Je faisais ma plus longue sieste à Lengritz de 1h35 pour cette raison, je me sentais mal.

Jusqu’à Eisten arrivé vers 13 h lundi je n’avais pas retrouvé un bon feeling. Soit plus de 12 h après la double portion de tartiflette, par ailleurs très bonne mais indigeste pour moi en courant. J’avais un bloc compact de fondue, me semblait-il. A peine Eisten quitté, où j'ai mangé des pâtes sauf erreur, ou était-ce autre chose, que je remarque un coup de fatigue. La montée à Hannigalp est très pentue par endroits... donc je m'accorde 20 minutes avec réveil du natel par sécurité de me réveiller. Mais 15 minutes plus tard, je me réveille spontanément... enfin, à cause d'un hélicoptère. Un de mes suiveurs sur internet m'a demandé pourquoi mon gps était resté bloqué un moment en sortie de village d'Eisten. C'était ma sieste, tout simplement, dans le parc à dalles de pierres taillées, en attente d'acheteurs potentiels. Vraiment, on est épié dans nos moindres faits et gestes! On savait que l'oncle Sam et l'oncle... disons Vladimir nous espionnaient mais même Paul Jacques et Jean en sont capables. Ok, si on tombe au fond d'un ravin, ça peut être utile...

Au niveau des anecdotes, je me trompe de parcours 2 fois. En montant le Col de la Meina pour me rendre à Chemeuille, nous passons par le lac d'Arbey. Là, le bistrotier me hèle, m'encourage et me demande si je veux boire un coup. Volontiers, dis-je, mais pas un coup de fendant! Un café, oui, très volontiers. J'ai fait vite mais le rythme que j'avais jusque-là depuis Evolène s'en trouve cassé. Je ne retrouve pas ma niaque du début de montée. Un fanion à la croisée de chemins m'induit en erreur, il est dirigé pour la gauche, bien que je sache que Chemeuille se trouve plutôt sur la droite. Mais il ne faut pas se fier trop à ses connaissances du terrain, parfois le tracé prend des détours. Eh bien c'était faux. Après 4 minutes environ de montée, je me rends compte que je n'ai plus vu de drapeaux depuis un moment. Je sors du sentier et essaie de voir à travers la forêt et une combe si je vois le tracé dans le sens opposé, soit sur la droite du carrefour où j'ai eu un doute. Forêt trop dense, combe trop pentue, je me décide à faire demi-tour. Je redescends. Au carrefour incriminé, je me rends compte que le fanion a été déplacé sur le sentier qui part à droite et à 150 m devant moi, je vois 2 coureurs avec qui j'étais au ravitaillement de La Sage, 7 km auparavant. J'arrive juste après eux à Chemeuille, où nous sommes 4 coureurs à manger des röstis. Toutes sortes de boissons occupent la table. Je bois une gorgée de bière d'une petite brasserie valaisanne par curiosité. Je bois de quoi juste humecter mon palais de Jägermeister, pour voir si je retrouve le goût des plantes qui composent ce breuvage soi-disant fait de plantes alpines.

Est-ce cela qui va me faire chanceler 100 m sous le col de la Meina, environ 50 minutes plus tard, au point d'avoir de la peine à passer le col ? Ou est-ce mon attaque assez franche depuis Zinal à l'assaut de Sorebois et ma montée rapide au départ d'Evolène que je paie? Toujours est-il que j'ai de la peine... Mais rassurez-vous, ce devait être de la fatigue, la quantité d'alcool était bien trop infime pour que ce soit ça, mais je me suis posé la question quand même. Toutefois, dans la nuit qui suit et qui me voit gravir les derniers mètres du Col de Louvie, je cale de nouveau à quelques 100 m du passage du col. Même symptôme, je repars presque parfois en arrière, en perte d'équilibre et le souffle est court. Avant Lengritz, c'était pareil la première nuit de la course, mais j'étais mal en raison de la tartiflette. Là, je ne comprends pas trop, sinon que ce doit être la fatigue. J'ai peut-être aussi trop peu mangé au ravito du Grand-Désert. Cela faisait un bout depuis la Grande-Dixence et c'est un petit ravitaillement et j'ai pas été trop inspiré par les aliments proposés.

La vie d'ultra traileur en course non-stop sur de grandes distances est toujours faites d'imprévus, d'impondérables, quoi qu'il en soit... cela fait partie de l'aventure! 

Mais revenons a notre banc de ravitaillement de Chemeuille. La vue est magnifique sur la Dent Blanche et le Cervin un peu plus loin, un peu plus petit, un peu moins impressionnant que dans son angle le plus connu. De là, on voit l'épaule à plat qui part en direction de l'Italie. Question vue, c'était tout aussi impressionnant depuis Sorebois ou le Col du Torrent, en début de journée. C'était le Bishorn, le Weisshorn, le Zinalrothorn et l'Obergabelhorn, le Besso et son glacier assez proche que l'on pouvait admirer. La vue méritait qu'on y consacre quelques minutes aussi pour reprendre son souffle avant de plonger plus bas dans la vallée suivante qui nous happait pour continuer l'aventure Swisspeaks. .
La 2ème erreur de parcours intervient avec un fanion planté devant un tunnel... au-dessus de la Grande-Dixence. Je vais parcourir environ 1 km dans cette douce montée non pas au ciel étoilé mais au plafond rocheux. Regardant derrière moi, je ne distingue aucune lumière. J'étais un peu étonné de n'en pas voir devant moi, car il me semblait suivre 2 gars à 200 m depuis la Grande-Dixence. J'appelle en criant 2-3 fois, personne ne me répond. Bon, me dis-je, tu t'es trompé. Pas de course à la descente, il me faut un peu plus de 6 minutes pour revoir non-pas le jour, je suis parti à 23h45 de l'hôtel situé en contre-bas du barrage, mais la nuit sombre au plafond infini. Une lumière passe devant la porte, juste avant que je sorte de mon tunnel. C'est un Anglais, je vais le rattraper quelques minutes plus tard. On discute, on monte jusqu'à la cabane de Prafleuri ensemble. Plusieurs lampes sillonnent devant moi, la nuit noire, sur ce qui est le sentier que je connais. Je rattrape ensuite Alexandra et Ludovic, du Loir et Cher, on discute un peu jusqu'au ravitaillement du Grand-Désert. Lui avait aussi fait les 24 h de Tullins. Le monde est petit. Il y a aussi Théodore, sur la course, qui était bénévole à Tullins. Mon erreur du tunnel m'a coûté un quart d'heure et celle d'avant Chemeuille 10 minutes à coup sûrs. Au poste du Grand-Désert, le bénévole du ravitaillement m'apprend que le tunnel que j'ai emprunté ressort à la Cabane de Prafleuri et que j'aurais ainsi pu le suivre. Moi, j'avais presque peur d'arriver à Verbier où je ne sais où... C'est ainsi, sur de longues courses je me trompe parfois, je ne contrôle pas tojujours assez bien aux carrefours si je suis sur le bon sentier, la bonne direction... je fais trop confiance à un fanion planté pas forcément à la bonne place et le rappel de la bonne direction par un autre fanion ou autre marquage n'est pas toujours visible sans faire déjà plusieurs dizaines de mêtres. Bien sûr c'est à éviter, car on fait déjà suffisamment de chemin, mais ça ne va pas changer beaucoup au classement, 15 à 30 minutes d'erreur, même si après coup, on se dit ben mince, j'aurais pu gagner 2 places... mais la tactique change alors aussi, car on se retrouve avec d'autres personnes et tout devient différent, 

Sinon plusieurs fois j’ai accéléré après avoir évalué le temps à parcourir pour arriver à passer un col de jour ou en partie de jour, en raison de la technicité du parcours et de la descente. Je pense là au col de la Meina très technique en direction de Pralong et à Bovine depuis Champex pour atteindre le Col de la Forcla à la nuit tombante.

J’aurais voulu faire pareil avec le Grand Désert et la descente du col de Louvie qui m’ont causé de grands soucis. Le haut de la descente du col de Louvie m’a coûté beaucoup de temps car j’avais sommeil et je ne tenais pas bien debout. C’était un cauchemar pour moi que de passer dans ces blocs de rochers mal empilés.

J'avais mon coach personnel qui me suivait tout au long du parcours. Jusqu'à Eisten, il me suivait mais de ce fait il était moins efficace. Depuis Eisten, il me précédait sans arrêt et ainsi il  me rappelait mieux quand boire, prendre le temps de manger, dormir un peu chaque période de 24h. Il me rappelait simplement Julia, même s'ils ne se ressemblent pas vraiment, hahaha... il est ci-dessous en photo avec mon sac à dos. 

Le balisage était ok malgré beaucoup de manque parfois. Les vaches se servaient des fanions pour en faire des chewing-gums. Le vent a pris sa part aussi et le passage des coureurs avec les bâtons qui traînent en arrachent d’autres.

Mais grâce aux nombreuses, aux innombrables lépiotes élevées poussant le long du tracé, nous n’avions qu’à les suivre, elles me faisaient de l’œil à moi en tout cas. Elles me narguaient comme les autres nombreux bolets des mélèzes orangés, cèpes de Bordeaux, chanterelles, écailleux et tricholomes nus pieds bleus pour les plus remarquables. Ils me savaient dévoué totalement à mon effort et me riaient au nez, qui le seul profitait un peu de leurs parfums. Les yeux étaient comme un chien fou qui ne sait où donner de la tête pour attraper une balle magique qui rebondit ça et là et ailleurs encore et toujours.

Un chat sauvage semble avoir fuit devant moi dans la gorge du Diable avant Finhaut, de nuit. Là, Julia va me renseigner sur ma position de catégorie. Jusqu’alors je n’avais aucune idée qui pouvait-il avoir dans ma catégorie pour m’éviter toute pression. Je ne voulais rien savoir de cela avant le départ et jusqu’à ce moment. Mais je me sentais d’attaque et plein d’énergie. Rapidement je vais combler les 3 km qui me séparent du 1er, Adrien. La nuit était moins froide que les précédentes et propice à l’effort sans avaler d’air trop froid dans les poumons.

Une fois dépassé dans l’ascension précédant Emosson, je vais continuer à faire le trou dans la très raide montée du col de Barberine. J’avais des jambes de feu, j’arrivais à escalader droit en haut.

Je prends pas mal de risques dans la descente car 2 lampes frontales me suivent à 5 minutes environ. Si je sais qui est sous la 1ère, j’ai peur que Adrien ait retrouvé du punch et se lance à ma poursuite. Il m’apprendra qu’il était dans une très mauvaise passe, lors de la remise des prix.Ce n'était donc pas lui. 

J’ai discuté beaucoup dans la première partie de course quand je n’étais pas seul. Un dénommé Laurent parlait souvent tout seul. Moi qui le suivait dans la fin d’ascension depuis Fiesch, je trouvais ça bizarre, ça me dérangeait. Je regrettais ma montée en solitaire dans le calme.

Une raclette à Blüomatt est venue compléter 2 omelettes et ses pdt. Je repars avec 4 pdt dans les poches de mon porte dossard à poches Salomon. j'ai longuement hésité à manger cette raclette, j'avais peur de connaitre un événement pareil à la tartiflette. Mais rien ne se passe. La montée sur Forcletta sera assez désagréable en raison du froid et du vent qui pénètrent dans les poumons. Je me masque avec mon buff et un serre-tête pour protéger la bouche et le nez et respirer le moins possible d'air froid. Je mangerai un des rares gels en redescendant sur le ravitaillement de Tsahelet, 8 km avant Zinal. Dans la dernière partie de descente, à partir de 1900 m environ, le froid cède enfin la place à un air plus doux et agréable. J'arrive à Zinal en fin de nuit, je dors une heure. A Blüomatt, je m'étais allongé 35 minutes, mais la radio qui résonnait dans l'étable empêchait le sommeil profond. 

De Champex, ce sont des macaronis que j’emporte dans un cornet plastique . Pour me requinquer en énergie, j’en mange parfois une poignée. J’en aurai ainsi un peu jusqu’en haut d’Emosson. D’autres fois c’est une banane que je coince en travers de ma ceinture Salomon. Durant les longs trajets entre 2 ravitaillements, j’arrive à manger plus ou moins normalement. Les gels et barres énergétiques que je porte comme réserve alimentaire de secours me dégoûtent toujours davantage.

Une semaine après, j'arrive enfin à trottitner. Le dimanche 15 septembre, je fais mon premier vrai entraînement avec une sortie de 20 km avec Julia, comptant 370 m de dénivelé. Peu, mais assez raide par endroits pour que je voie que la forme n'est pas si mauvaise, car j'arrive à courir le parcours en intégralité, ce que je doutais avant de partir m'entraîner. Je n'ai pas eu de courbatures musculaires ou de problèmes articulaires après la course, même si les derniers kms sur l'asphalte ont mûri le mal aux genoux pour le dernier kilomètre.
Par contre, j'étais assez fatigué et j'avais quelques problèmes d'équilibre en étant statique, debout ou assis sans appui.
Mais les maux disparaissent gentiment et la fierté d'avoir bien fini cette course perdurera... Quelques jours après l’arrivée, l’euphorie retombent aussi inexorablement.
Le plaisir a été intense, grâce aussi à des échanges de conversations très riches avec d’autres coureurs.
Comme toujours, j’étais content d’arriver mais regrettais que ça se termine ! Alors, à une prochaine!

L’image contient peut-être : Christian Fatton, sourit, debout et plein air  

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1130561773806905&set=a.565870560276032&type=3&theater                                                                                                                 

News postée le : 13.09.2019

17 août 2019, Swiss Alps 100 km, 5380 m de dénivelé

Et au final, il y a eu 103 km et 5680 m de dénivelé. A 8 km de la fin lors du dernier ravitaillement, on nous annonce qu’un changement avec 300 m de dénivelé a eu lieu et que ce n’est plus 8 km mais 11 km qu’il nous faudra parcourir pour rallier l’arrivée. Il faut dire que ça ne changeait pas grand-chose même si je n’étais pas enchanté. De nuit, on ne profite pas du paysage, donc je ne voyais pas l’intérêt à nous faire faire une rallonge. Mais revenons au début….

Départ sur la place d’aviation de Mûnster dans la Vallée de Conches, Gomsertal en allemand, à 7 h du matin le samedi 17 août. Le temps est frais, donc j’ai tiré mes chaussettes de compression pas trop compressantes tout en haut et mis mes manchons, un serre-tête sous la casquette et des gants fins. Je déteste avoir froid pour courir. Au fil des kilomètres, je vais enlever d’abord le serre-tête, puis le beuf autour du cou, les manchons et les gants, tout ceci dès le 4ème km jusqu’au 20ème environ. Je vais baisser les chaussettes de compression vers le 50ëme car j’ai l’impression que ça serre trop quand même, pourtant ce sont de vieilles chaussettes de compression qui ont beaucoup perdu leur qualité qui sont pour moi presque un défaut. C’est pratique pour récupérer, pour se protéger des herbes contre des démangeaisons, des ronces ou orties dans les passages sauvages à peine défrichés, du froid et c’est à peu près tout, ou du soleil si on est en train d’attraper un coup de soleil ou qu’on doit s’en protéger en cas de cure d’antibiotiques. Ceci m’était fortement conseillé après une piqûre de tique en 2015 lors du Tour de France FootRace. Donc, par les canicules, je portais mes chaussettes pour me protéger du soleil et les rares endroits, visage et genoux et mains, étaient protégés avec de l’écran total, protection 50.

Revenons au Valais… après les 22 premiers km assez rapides, avec juste quelques montées pour casser le peloton de 154 coureurs au départ, nous avons commencé la première vraie ascension avec plus de 1300 m de dénivelé pour arriver au km 33 au pied du Breithorn. (Il y a plusieurs Breithorn au Valais, celui-là est un petit qui n’a pas bien mangé sa soupe et il n’est pas trop méchant non-plus….à escalader)

Un col pas trop raide plus loin et une descente de 3-4 km nous amène à Fleschboden-Rosswald. On commence là à faire le tour d’une montagne et de monter bien raide en lacets. La vallée du Rhône est à nos pieds, je me sens géant en regardant Brig. Une vallée montant en direction du Simplon me fait un clin d’œil, ce sera une vallée à remonter dans 15 jours lors du Swiss Peaks 360, pour arriver au Bistinenpass. Comme ça à l’air facile quand on est plus haut, la vue écrase les reliefs et les difficultés. Bon, si je regarde devant moi, c’est autre chose, c’est un bon becquet de plusieurs centaines de mètres qui m’attend. Avec la pression du pied au niveau de l’articulation avant les orteils, mon pied droit s’enflamme. J’ai trop mal. J’essaie en compétition une nouvelle paire de semelles orthopédiques déjà testée à l’entraînement, mais je ne l’ai pas portée 8 h d’affilée, ni si longtemps en ascension. J’essaie de desserrer un peu ma chaussure droite, mais le talon ne tient plus assez alors. Cela fait 6 mois qu’ils essaient d’adapter une semelle nouvellement moulée chez un labo d’orthopédiste. Mais ils ne m’écoutent pas assez et je dois sans arrêt retourner pour essayer d’avoir ce que je veux… c’est usant et énervant, avouons-le.

J’avais anticipé le coup, donc je m’arrête, sors une paire bricolée par mes soins et la douleur va nettement diminuer très rapidement, ça ne va plus me prendre la tête. Nous repassons au ravito du 33ème qui devient alors celui du 54ème, après un tronçon en sens inverse sur 5-6 km. On croisait le matin les derniers du 160 km qui venaient de faire la boucle autour de la montagne, et quand je repasse à nouveau dans l’autre sens, je croise les derniers du 100 km. La boucle n’est pas très longue, seulement 5-6 km mais prend beaucoup de temps dans l’ascension très raide où les km semblent en faire 2 ou 3…. J’ai avancé qu’à 3 km/h dans la montée. Mon changement de semelles m’a fait perdre 3 minutes, je pourrais faire mieux !

Depuis le ravitaillement du 54ème c’est une partie à flanc de côteaux, légèrement montant par endroits sur un sentier extrêmement étroits où les 2 pieds ont de la peine à courir.  C’est comme si on suivait une ligne blanche, sauf qu’elle est brune de la couleur de la poussière. Mais il est impossible de poser les 2 pieds en parallèle. Cela demande un bon équilibre et il faut bien lever les jambes, car le sentier est creusé dans le pâturage en forme de U. En prenant le temps d’admirer la vue, je m’arrête quasiment parfois quelques secondes, tellement le panorama est splendide sur les alpes qui font frontière avec l’Italie. Il y a des glaciers suspendus, certaines montagnes semblent très hautes car un peu seule et en forme de pyramide. Grandiose. La descente est très raide par endroits et on voit Binn au fond d’un trou 1000 m plus bas. Là, il fait très chaud, même à 16h. C’est étouffant. Après une rapide halte pour remplir mes 2 gourdes pour 1.5 l, en avoir bu une sur place  et encore descendu le fond d’une bouteille de coca, j’ai absorbé sans problème 1 litre. Je repars bien armé avec un colt jaune dans la ceinture. Au lieu de marquer le pas, ma banane va marquer le coup et m’empêcher d’exploser en la dégustant 800 m plus haut. Prise dans ma ceinture Salomon à poches à treillis qui me sert de porte-dossard, elle ne me gêne aucunement. J’ai mangé au village de Binn quelques bretzels bien salés, une barre énergétique et quelques cacahuètes mais en emportant tout ça dans mes mains. J’ai les mains libres, j’ai fait le pari de courir sans bâtons, vu le profil et le terrain que je connais comme étant pas trop difficile, sauf peut-être la descente sur la Blinnental, dès le 85ème km, mais pour 2 km seulement. Il faut par contre être bien concentré car c’est très pentu et de nuit, elle nécessite encore davantage d’attention, car le torrent gronde sauvagement une cinquantaine de mètres plus bas, sur notre droite.

Un peu de repos avec un chemin facile lègèrement descendant nous amène à Reckingen au 92ème km, lieu du dernier ravitaillement. Et c’est là qu’on nous annonce en fait qu’il en reste 11 au lieu de 8 et que 300 m de dénivelé sont aussi en supplément…. Donc, il ne faut pas trop jeûner, même si je commence d’en avoir un peu assez des gels et autres barres énergétiques. Je repars avec une main pleine de bretzels, j’ai une réserve de gel au cas où. Le balisage est assez mince et demande plusieurs fois de chercher. Je suis peu sûr après de petits carrefours quand les rappels de balisage ne se situent que 200 m après… Mais je finis tout de même par passer la ligne et Julia arrive une minute après moi. Elle était avec moi juste avant de descendre vers le 84ème km, mais peu sûrs les 2 sur le tracé, elle a fait demi-tour alors que je faisais un droit en haut et par chance retrouvait le sentier. Mais même en criant, Julia ne m’entendait pas. Toutefois, elle me suivait ensuite à quelques centaines de mètres, juste avant de basculer au col. Les premières frontales allumées trahissaient la présence de coureurs. Elle s’égarait dans le haut du col en descente, ne comprenant pas le style du balisage. Je connaissais un peu d’y avoir passé lors du Swiss Peaks l’an passé en montant, mais c’est vrai qu’il y avait matière à se tromper. Les balises étaient trop espacées et le sentier change de côté d’une combe…

J’étais pour la 10ème fois de l’année à l’arrivée d’une course de 100 km ou plus. J’ai retrouvé une forme meilleure, ma cheville gauche semble guérie, le sciatique me fait nettement moins mal, les genoux n’ont pas trop touché dans l’articulation mais les descentes étaient assez soft, il ne fallait pas trop sauter dans les cailloux ou sur des rochers, mais essentiellement sur des sentiers poussiéreux de terre. Seul mon pied droit m’embête toujours lors de longues et raides ascensions au niveau de l’articulation et du nerf Morton. Je ne dois pas rêver non-plus, à bientôt 60 balais, il est presque normal que le balai montre des signes de faiblesse ou de fatigue.
Résultat :
Julia termine 2ème de sa catégorie, 3ème femme scratch, 14ème du scratch H/F en 17h14.56
Je termine 1er de ma catégorie, 11ème homme, 13ème du scratch H/F en 17h13.55

News postée le : 26.08.2019

Sud Tyrol Sky Race 121 km, 7556 m de dénivelé

Sud Tyrol Sky Race de 121 km et 7556 m de dénivelé

A Bozen, ou Bolzano, selon que vous optez pour l’allemand des Sud-Tyroliens ou de l’italien, nous avons pris le départ au cœur de la charmante ville, à la Waltherplatz le vendredi soir 26 juillet à 20h.

Après 2 km pour nous amener au pied de la première ascension, les choses sérieuses commençaient et le t-shirt n’a pas fait long pour être bien mouillé.
Suite à un départ prudent à plat, c’est naturellement ensuite que j’ai rapidement remonté une grosse partie du peloton puis me suis retrouvé avec des coureurs connus avec qui j’ai déjà concouru.

Après les 20 km de montée et les premiers 2000 m de dénivelé, je pointais à la 40ème place, ayant perdu un peu sur les 5-6 km de quasi plat avant de finir l’ascension nous menant déjà au 2ème ravitaillement et au 2ème contrôle.

La nuit s’est invitée après une heure environ et ma lampe ne fonctionnait pas. J’ai déjà dû changer les piles, soit je ne me suis pas rendu compte qu’une pile était retournée ou alors la lampe a dû s’allumer dans mon sac préparé une semaine avant chez moi, avant le départ en vacances. Le sac étant bien rempli, c’est bien possible qu’elle se soit allumée par une pression extérieure au sac.

Un chaos de gros blocs de pierres nous ralentit drastiquement du 40 au 50ème km. Jusque-là, des parties roulantes entrecoupées de quelques courtes mais raides ascensions, des passages en terrain marécageux et des sentiers encore recouverts d’eau ponctuaient un parcours changeant et jamais ennuyeux. Mais assez vite, je me suis retrouvé assez seul. Julia m’a rattrapé peu avant le premier sommet et elle m’a définitivement lâché au 24ème km. La technicité du chaos des gros blocs de pierres me coûte 2 belles chutes. Haut de la jambe droite comme tordu, pied droit qui se fait racler sur le dessus par une pierre tranchante, je m’ouvre le genou et l’oreille gauche qui tape sur un caillou dressé comme une tranche de pain. J’ai eu de la chance de ne pas taper trop fort mais n’ai pas pu éviter de toucher. Quelques doigts aussi amochés. La plus grande chance a été de m’arrêter sur le coin du sentier, à l’extrême de chuter 3-5 m plus bas, sur d’autres blocs. La moitié du corps dans la pente, la partie droite sur une surface m’empêchant de glisser. Après la surprise, un temps mort et rapidement, un check up pour voir comment ça va… et une bonne braillée pour faire sortir la trouille post-traumatique. La jambe faisait mal, les doigts un peu comme la tête. Mais j’ai eu une sacrée trouille après coup. Je repars boitillant, le temps que le corps redevienne chaud par l’effort et fasse disparaître les douleurs. Je me retrouve une deuxième fois à terre, enfin étalé sur ces blocs, suite au pied droit qui bute sur un rocher. A ce moment, 3 coureurs me dépassent. Aucun ne me parle ni ne me demande si ça va… Je finis par les rattraper dans un becquet et leur dit ma façon de penser sur leur sympathique esprit de traileur venant en aide aux autres ou se renseignant sur un éventuel coup de main.

Le ravitaillement du 50ème arrive juste après et j’arrive à reprendre un rythme sans trop ressentir les aléas de mes chutes. Mais je deviens un peu trop prudent quand le sentier se fait difficile.

Au 60ème km, au PenserJoch, le col routier que nous traversons fait aussi office de ravitaillement et de dépôt de nos sacs personnels. Je change de chaussures et de semelles, les pieds brûlent et mes chaussures se remplissent sans arrêt de cailloux. Je les ai vidées je pense 2 x par heure au minimum. A mon avis, le profil est trop serré et ne se vide pas facilement et des résidus de terre, des petits cailloux giclent dans mes chaussures. J’ai beau me dire, ça va aller, un moment donné, ça gêne et ça énerve alors je m’arrête rapidement et vide la savate.

A partir du 60ème km, ça va se corser… mais c’est encore acceptable malgré une mise en bouche avec une descente qui passe mal. Quelques petits lacets très serrés et à la limite de tenir debout m’ankylosen déjà. Le vide m’attire et me met mal à l’aise mais pourtant c’est encore dans l’ordre du normal sur des courses alpines. Simplement, je ne prends pas de risque et me dit, bon, c’est pas là que je vais perdre une heure, quelques minutes peut-être…. Et en effet, 2-3 coureurs me prennent une dizaine de minutes que je comble avec les 3-4 km de montée qui nous amènent au ravitaillement du 70ème km. -D’où je repars avant le petit groupe formé de ceux que j’ai rattrapé et de 2 coureurs déjà là. J’en rattrape encore 5-6 autres jusqu’à l’arête située environ 700 m plus haut, au 77ème km. De là, je vais clairement être tétanisé par le vertige. Le sentier monte-descend plus ou moins en suivant les courbes de niveau où il est possible de passer selon la pente plus ou moins verticale et les éventuels rochers qui affleurent. Certains passages se font avec des câbles, ça devient de la grimpe. Si ça monte, je gère assez bien mais si c’est descendant ou le pire descendant en biais, alors je suis compacté par la peur de me louper car le vide est là et m’attire et me rigidifie à ne plus avancer qu’à une allure d’escargot sur sable sec. Je fais un petit sommet car je loupe une bifurcation menant à un passage hyper délicat et aérien câblé. Je jure devant un tel passage car je ne trouve pas normal d’emprunter des voies pareilles où une erreur peut être fatale. Mes chutes en début de parcours ne sont pas là non-plus pour me donner confiance. Avec un terrain si difficile, c’est peut-être mieux aussi. Je mise sur la sécurité et j’ai envie d’atteindre l’arrivée par mes propres moyens mais pas en hélicoptère ambulance.

Des câbles nous aident encore à passer un col dans la dernière ascension toujours plus à la verticale à mesure que l’arête se rapproche. Mais en montant, ça joue. Par contre, de l’autre côté, sans câble et sur une centaine de mètres, il faut longer la paroi sur une trace étroite taillée dans la pente. Je suis littéralement tétanisé et j’avance au ralenti, complètement grippé m’agrippant aux roches les plus saillantes. Celles qui avancent trop sur cette petite trace nous obligent à nous tenir droit, ce qui signifie pour moi, de me rapprocher du vide. J’ai vraiment une peine incroyable. Un couple me dépasse, lui non-coureur, soutient sa femme moralement depuis le dernier ravitaillement. Je suis avec elle depuis le 50ème km, parfois devant et prenant de l’avance dans les montées, elle me rattrape presque toujours en descente. Là, je vais la perdre de vue et pourtant je finirai avant elle sans savoir où je l’ai dépassée. Sûrement dans un refuge-ravitaillement ou alors elle s’est mise à l’abri quelque part durant l’orage qui va nous surprendre 2 heures plus tard.

Je suis encore à moitié ankylosé après des tronçons si aériens et peine à descendre détendu. Ce qui n’aide pas pour descendre où il vaut mieux être souple et agile.

Au ravitaillement du 93ème km, j’enfile ma veste pour contrer le vent froid et violent qui s’est mis à souffler. J’entends le responsable qui dit au talkie-walkie que la course risque d’être arrêtée pour cause d’orage. Ayant vécu pareille mésaventure au Scenic trail de 113 km au mois de juin, alors que je me situais aux environs du 100ème km, en 39ème position sur 800 partants, donc une bonne course pour moi, je ne tiens pas à revivre cela et courir les 9/10 d’une course pour des prunes.

Mais les pruneaux vont bien me tomber sur la tête… depuis le ciel, 5 minutes à peine après être reparti du ravitaillement de la Meranerhütte du 93ème km. Des grêlons me font mal à la tête, malgré la casquette et le capuchon de ma veste de pluie. Je me protège un peu avec une main posée sur le crâne. Les éclairs et le tonnerre sont quasi couplés, le sentier rendu en quelques minutes en un torrent glacé. Par 2 fois, je jette mes bâtons à terre, la foudre ne frappant jamais très loin. Là, je me dis que j’ai peut-être fait une connerie de repartir. Dans ma foulée, un coureur italien et une coureuse russe m’ont suivi. L’Italien s’envole en descente, j’essaie aussi d’aller le plus vite possible mais les genoux sont coincés par le froid. La Russe s’abrite sous un maigre avant-toit en tôle auprès d’une cabane-restaurant d’altitude pour l’hiver et les skieurs. Rétrospectivement, je voulais faire pareil mais l’avant-toit était trop étroit et pas assez protecteur. Je trouvais également que l’eau pissant du toit m’aurait davantage frigorifié. Même en courant, je gelais… donc je m’appliquais à courir le plus rapidement possible tout en prenant bien soin de ne pas trébucher dans ces ruisseaux-sentiers. De plus, la tôle n’est pas la meilleure matière pour se préserver de la foudre. J’avais déjà souci avec mes bâtons carbone. Est-ce que c’est conducteur d’électricité ? Je n’en avais pas la moindre idée.

Malheureusement, une Norvégienne va payer au prix de sa vie, cet orage violent et soudain. Elle se trouvait aux abords d’un lac de montagne. Ses piolets dans son sac à dos. Ont-ils fait antenne ? C’est une grande fatalité car où elle se trouvait, elle n’avait pas d’autre choix que d’avancer. Il n’y avait rien pour s’abriter. Le parcours du 82ème au 93ème km ne comportait aucune maison sauf erreur et le terrain si technique avec un fort dénivelé positif et négatif nous prenait beaucoup de temps pour une maigre moyenne horaire. Pour avaler ces 11 km avec plus de 1000 m de dénivelé, j’ai mis plus de 3 heures. Il est vrai que la partie aérienne nous freinait beaucoup.

L’orage va durer 2 bonnes heures. Ma veste de pluie ne tient pas toutes ses promesses. Mes bras sont mouillés et glacés. J’ai des manchons et un t-shirt au-dessous. C’est limite. Je n’ai pas envie d’enfiler mon pull technique longues manches car il serait vite trempe en le mettant et le fait de m’arrêter me frigorifierait davantage. Les doigts engourdis ne seraient pas des plus habiles pour ouvrir et fermer le sac non-plus. Bref, la meilleure option sans protection est d’avancer tête baissée pour maintenir le corps le moins froid possible. Pour ne pas arranger les choses, l’altitude de cette partie de course varie entre 2000 et 2300 m d’altitude. J’ai hâte de descendre pour gagner quelques degrés.

Au ravitaillement du 104ème km, placé à l’intérieur d’un refuge-restaurant pour l’occasion à cause de l’orage, je retrouve quelques coureurs emmitouflés sous des couvertures. Je leur demande s’ils veulent repartir avec moi car je sens qu’ils ne sont plus trop motivés. En effet, rien à faire, ils ont décidé d’arrêter. J’essaie de les convaincre de repartir, on n’abandonne pas si près du but. Et ça va faire que descendre jusqu’à l’arrivée. Mais rien n’y fait et moi j’ai hâte de repartir donc j’arrête de les encourager. C’est vrai que ça ne fait pas que descendre, il y a un long plat avec même une remontée d’environ 200 mètres. La nuit est tombée peu de temps après que j’ai repris mon chemin. La Russe pétouille et piétine en descente avec une lampe minuscule. Plus tard à l’intersection d’une route, elle retrouve un ami et elle va me redépasser. Je la retrouve à 5 km de l’arrivée, au dernier ravitaillement qui se trouve avant la descente finale très éprouvante car extrêmement raide. Dans la seule partie non-asphaltée de cette fin de parcours, en forêt, un caillou roule sous mon pied et il me faut une dizaine de pas incontrôlés pour éviter la chute. La cheville droite a quand même un peu ramassé. Sur l’asphalte, les pieds glissent en avant dans les chaussures et ça brûle sous les pieds. Les quadriceps déjà mis à rude épreuve sont au taquet pour freiner et maintenir une vitesse sous contrôle. Le dernier km est comme je l’avais prévu, à plat. Comme il paraît long ! Surtout que j’ai cru apercevoir une lampe à une centaine de mètres derrière moi. Mais ce n’est qu’à l’arrivée que je me rendrai compte qu’il n’y avait pas de raison de stresser et de donner le maximum pour finir. Je ne verrai personne arriver dans les 15 minutes qui vont suivre mon finish. Un vélo ou un piéton équipé d’une lampe probablement, m’ont fait vibrer plus que de raison pour sauver ma place au classement.

Seul encore 9 coureurs atteindront l’arrivée. La course ayant été stoppée suite à l’accident pour les personnes se trouvant encore en altitude.

En l’honneur funeste de cette malheureuse coureuse décédée, la proclamation des résultats et la remise des prix prévue pour le dimanche matin est annoncée annulée par sms au milieu de la nuit.

Nous nous rendons dans la matinée du dimanche sur le lieu d’arrivée et apprenons un peu plus des circonstances dramatiques. Les discussions vont bon train entre coureurs rescapés et présents. A noter que Julia finit 3ème femme. Elle avait rattrapé la 3ème coureuse autour du 70ème km. Elles se sont fait un chassé-croisé pour cette 3ème place mais Julia va la distancer définitivement dans la descente finale qu’elle fait à fond. Durant cette descente, elle rattrape la 2ème, la dépasse, la maintient à distance suffisante dans le dernier km et au sprint. Arrivée, youpie, Julia pense être 2ème. Elle s’arrête sous un arche gonflable, passage de câbles au sol, elle est sûr que c’est terminé. La 3ème repasse 2ème car il fallait faire 4-5 m de plus, tourner autour d’un pilier d’arche gonflable et encore parcourir environ 5 mètres… Dommage, rien n’y fera, elle sera 3ème, ses timides explications ne lui donneront pas le droit d’être au moins 2ème ex-aequo. Mais elle accepte. Sachant le déroulement de cette arrivée rocambolesque, j’essaie de défendre ses intérêts auprès du boss de la course. Mais rien ne changera. La première avait 40 minutes d’avance sur Julia. Elle a eu la même réaction en passant sous la première arche. Leur contour à 180 degrés quelques mètres avant la ligne n’était vraiment pas indispensable ou alors il aurait fallu un officiel qui fasse un peu la circulation….

Julia finit 2ème de sa catégorie, 3ème femme scratch, 24ème du scratch H/F en 22h43
Je finis 1er de ma catégorie, 40ème homme, 45ème du scratch H/F en 27h27.

Je n’avais pas l’impression d’être hors de forme, je faisais des remontées au classement grâce aux montées mais le terrain aérien et les parties de varappes m’ont ankylosé et me font perdre beaucoup de temps. J’étais clairement choqué dans certaines parties de ce tracé.
A bientôt pour une prochaine aventure, le Swiss Alps 100 km

News postée le : 21.08.2019

6-7.07.19 X-Alpine Verbier 111 km, 8400 m dénivelé

6-7 juillet 2019, X-Alpine de Verbier (La Boucle) 111 km et 8400 m de dénivelé

Afin de dormir davantage et pensant ne pas être trop en mauvaise forme, je décide de prendre le départ de 5h et non celui de 3h. La nuit sera bonne à partir de 23h en raison d’une température plus fraîche et adaptée à cette nécessité réparatrice. Mon auto est ma chambre d’hôtel qui est lui un parking. Nous sommes presque une dizaine à avoir opté pour cette solution. Un Belge et surtout des Français avec qui je discute un peu.
A 5 h, il fait chaud, les brassières sont déjà de trop et je les replie sur les poignets. J’arrive à Sembrancher après 1h25, assez content de mon corps qui à l’air assez bien. La descente est assez agréable pour mes genoux et mon dos, car le sentier est terreux mais très sec, ce qui nous fait bouffer la poussière soulevée par nos pieds. Je fais très vite au ravitaillement où je range ma frontale dans mon sac à dos. Je sors un bout de cake que je sors de mon sac, cake qui m’avait assez bien convenu à l’Ultra Marin. C’est le reste du prix de Julia, qui faisait bien 40 cm… J’en ai un 2ème bout en réserve. La montée du Catogne me voit remonter gentiment sur quelques coureurs, je gagne plutôt des places même si je me fais aussi rattraper, notamment par la future 3ème femme, Emily, avec qui j’échange quelques mots. Dans le haut, la vue est imprenable et magnifique jusqu’au Bouveret, où on voit le bout du Léman et toute la vallée du Rhône qui y mène, avec une vue plongeante sur Martigny. Plusieurs fois, je lance mon regard au risque de m’encoubler sur des pierres plantées sur le sentier. Quelques gouttes font leur apparition, très timide et finalement préfèrent rester dans leur nuage. Cela ne donnera rien. Heureusement, car la descente est déjà tellement technique et difficile, à la limite de l’adhérence sur le sentier qui trace droit en bas, que si la pluie était venue s’en mêler, nous nous serions emmêlés les jambes et l’équilibre déjà bien mis à mal. La petite remontée avant la descente finale sur Champex a quelques passages délicats aussi, avec quelques câbles pour s’assurer et ne pas tomber dans le vide. Bien vite, je remarque que je descends mal, mon rythme n’est pas propice à une haute performance. Trop technique, ma jambe droite ressentant des douleurs lorsque je saute un peu trop au niveau de mon sciatique et de ma chute d’une semaine en arrière. Immanquablement, j’assure pour éviter ces douleurs et préserver aussi mes genoux. Ma jambe droite n’apprécie pas toujours mon pied droit tombant de devoir être si levée pour que le pied ne trébuche pas sur ces difficultés jalonnant le sentier. Il ne m’est pas possible de m’encoubler et de tomber en avant ou sur le côté, c’est trop raide pour s’en sortir indemne. Cela m’arrive quelques fois quand même sur des problèmes d’équilibre mais au ralenti, pas à pleine vitesse et mes mains réceptionnent mon corps avant qu’il ne tape n’importe comment. Mon temps sur la limite n’a plus que 35 minutes d’avance sur le délai. 4 heures depuis Sembrancher, je ne trouve pas cela bon. L’impression est mauvaise. La montée en forêt après Champex est assez fraîche mais au soleil, on sent vite la chaleur. Qui est bien présente, lourde, dès qu’on dépasse la limite forestière et qu’on se retrouve dans les pierriers. Il faut économiser sa boisson, j’ai 1.6 litres avec 2 grandes gourdes mais on aurait envie de boire plus souvent et davantage. Plusieurs coureurs sont assis pour reprendre leur souffle tout au long de l’ascension. Je mange mon 2ème bout de cake après 2h de montée, soit au 2/3 de ce tronçon menant à la Cabane d’Orny, lieu d’un petit, petit petit ravitaillement. Il reste 2 barres aux céréales farmers sur la table avec quelques misérables carrés de chocolat. J’espère qu’il y a de la réserve cachée pour les suivants, car même le sirop n’a pas de goût de sucré, donc quasiment aucune calorie de fournies par le ravito. Il était annoncé léger, il a la consistance d’un nuage, qui nous nargue toujours ici et là. Dans la descente, je glisse sur la neige et je perds le contrôle au moment de m’arrêter sur le replat du sentier, je fais un tour, perd une gourde qui miraculeusement suit la trace du sentier et s’arrête dans un trou. Si elle avait pris la trace de droite, je pense qu’elle descendait le névé et j’aurais pu y dire Adieu…, car je ne serais pas aller la recherchée 300 m plus bas en tout cas.
Si le paysage est de toute beauté, il ne m’est pas plus facile de désescalader cette montagne que celle d’avant, Le Catogne. Trop de pierres, de cailloux, d’aspérités diverses et mon orthopédie étant ce qu’elle est, j’adapte mon rythme à celui qui me donne le plus de chance d’arriver entier en bas et non-blessé. Chose faite, mais en un très mauvais temps. Je paie cher cette technicité et l’agilité manquante à mes capacités du jour. La fringale me freine encore davantage quand j’arrive au bas avant de repartir en légère montée pour La Fouly. Quelques tucs salés et un biberli appenzellois me font le plus grand bien. Merci Eric de m’avoir procuré cela, l’entraide est parfois providentielle. Mon portable sonne dans mon sac, d’habitude je ne réponds jamais en course mais il sonne longuement, longuement et j’ouvre mon sac pour faire cesser cette sonnerie qui me dérange. Julia ? J’ai répondu, voyant que ma femme m’appelle. Elle se fait du souci pour moi, voyant que ma position n’a pas bougé depuis longtemps...sur le suivi live consultable sur internet. Dans 100 mètres, je passe le contrôle de La Fouly, lui dis-je, tout va bien, enfin si on peut dire ainsi… je suis toujours en course et veut le rester mais c’est vrai j’ai vraiment merdouillé depuis Orny, pourtant sans jamais m’arrêter à part un arrêt WC en forêt.
Comme d’hab’, je fais assez vite pour remplir mes gourdes, je bois un café, en verse un dans ma gourde contenant du coca, repars avec 3 tranches de pain en réserve et en mange avec du jambon, du fromage, un peu de saucisse sèche en marchant. Le jambon passe bien car le salé satisfait un besoin sournois. Le bas du Col de Fenêtre est long avant d’entamer la véritable montée. J’ai retrouvé du punch et là, je remonte clairement au classement. La descente sur le Col du Grand-Saint-Bernard est assez courte et me convient mieux. J’essaie d’encourager à rester en course, un ou 2 coureurs parlant d’abandon. Je fais un peu de pub pour mon livre qui leur ferait le plus grand bien pour savoir gérer les situations de crise en course, par exemple. En en parlant ainsi cette année dans mes compétitions, déjà plusieurs l’ont acheté et les remarques reçues ensuite étaient très positives. Certains trouvent même à rire en lisant quelques anecdotes. Donc, si jamais…
Courir à perdre la raison est peut-être le livre qu’il vous faut pour vous motiver comme jamais !
D’avoir écrit sur la motivation m’aide à rester en course. Je me dois de rester crédible et de montrer le bon exemple. Plusieurs fois j’en ai eu marre aussi et plusieurs fois je me suis dit arrête de trop réfléchir et arrête de regarder ta montre et arrête de te plaindre et arrête d’être négatif et arrête de trop calculer ton temps d’arrivée, car oui, tu vas devoir mettre plus de temps que voulu pour atteindre l’arrivée. Et oui, avec un ventre qui a quelque chose à malaxer, cela va déjà mieux. Et oui, de discuter avec les autres fait passer sympathiquement le temps. Et oui, de s’imprégner du paysage et de l’environnement alpin que j’aime fait ressortir des sentiments positifs. Et oui, d’admirer la flore me fait plaisir. Et oui de penser que je serai hyper content d’être finisher me motive. Et oui, cela est plus fort que les états mentaux qui m’incitent de jeter l’éponge. C’est surtout dans la partie Champex-La Fouly que j’ai eu le plus de doute. Après, ça s’est bien passé à ce niveau-là, même si j’ai eu de la peine à finir la montée sur la Cabane de Mille. J’ai fait une bonne montée du Col des Chevaux, je suis descendu assez bien dans la première partie raide en lacets accompagné de Franck, qui va me lâcher une fois arrivé dans les pâturages où son agilité lui permet de courir plus vite que moi. 20 ans d’âge de différence, ça compte aussi. Une coureuse que je viens de dépasser me crie quelque chose, je m’arrête et constate que je n’ai pas vu un brusque changement de direction. Il est 22h et n’ai toujours pas allumé ma frontale. Erreur qui aurait pu me coûter cher. Je l’allume et distingue immédiatement les parties luminescentes collées aux fanions rouges, qui sont indistinguables dans la presque nuit sans source de lumière.
Depuis Bourg Saint-Pierre, je suis peut-être parti un peu fort jusqu’à la fin du chemin carrossable. J’avale plus de 5 km mais d’un coup me retrouvant sur le sentier étroit, j’ai un immense coup de mou et il me faudra encore 2 heures quasiment, comme l’indique les panneaux pour marcheurs, pour arriver au ravitaillement de la Cabane de Mille. Là, je pense qu’avec la même peine et comme un point sur le poumon droit, j’aurai de la peine à passer de Lourtier à La Chaux dans cette belle montée de 1200 m pour 4 km. Mais il faut d’abord redescendre. Encore une fois, je perds bien du temps en descente, me trompe avec 2 autres dans la pampa sur 200-300 m avant qu’on fasse demi-tour. Nous avons suivi une sente à peine visible à l’endroit de l’indication de bifurquer à gauche, mais l’indication disait dans 100 m paraît-il… Donc, nous avons tourné trop vite. Cela a vite fait 10 minutes de perdues, car on ne savait pas trop où mettre nos pieds dans des parties marécageuses et un terrain en dévers très inamical. Enfin, on a quand même rebroussé chemin et retrouvé le bon marquage. Une grosse envie de dormir m’envahit sur la partie du chemin qui finit cette descente et qui nous mène à Lourtier. Pourtant, je ne m’attarde pas, je repars avec un magnifique bout de tarte aux pommes à l’attaque de cette terrible dernière montée. Mais je l’aime. Il y a 9 ans, je faisais le meilleur temps à égalité avec celui qui avait gagné l’épreuve, mais quelques heures derrière lui. Donc, je suis plutôt positif. Mais l’envie de dormir m’incite à me coucher dans l’herbe, j’ai des pertes d’équilibre. Je me fixe déjà d’atteindre le quart de la montée, non ensuite le tiers, soit 400 m car je consulte mon gps pour voir mon avancée. Cela me motive. Finalement, je me dis je dormirai après une heure de montée, je veux faire mes 500 m. J’y arrive, ce n’est peut-être pas très rapide mais je suis content car j’ai déjà plus de 24h dans les jambes et plus de 100 km et plus de 7000 m aussi.
Et je remarque que mon envie de dormir disparaît petit à petit. Cela va mieux. J’avance ensuite à un rythme de 600 m à l’heure. Le haut est moins pentu et donc cela va modifier un peu mon espérance de temps jusqu’à La Chaux. Mais je repars du dernier ravitaillement bien décidé à me dépêcher pour passer sous les 29 heures qui me semblaient promises en descendant de Mille, au vu de mon tempo misérable. Je rattrape une coureuse au bas de la forêt avant le dernier km sur route nous menant à l’arrivée.
28h23.31 au final. Je suis très content d’avoir tenu le coup. Le speaker annonce que je suis 2ème V3. Classement inespéré et quelque peu dommage d’échouer à 2 minutes 34 du premier. Sans notre erreur en bas Mille, je ne regrette rien d’autre. Le 1er, que je n’ai jamais vu est arrivé 2h avant moi, car il est parti à 3 heures du matin. Un peu dommage que ces départs différés possible. Cela fausse la course, question température plus fraîche, nuit plus longue à courir aussi, peut-être moins de bouchons au début, d’autres paramètres dont on ne peut pas connaître l’influence font que la lutte pour une place n’est pas égale. Le duel n’est même pas connu à 2 heures d’intervalle. Bon, me direz-vous, ce n’est que pour les V3, la dernière catégorie en lice… Ok, mais une victoire fait davantage plaisir qu’une 2ème place et il faut croire qu’avec autant de temps au compteur, il y a des paramètres incontrôlables à gérer quand on atteint l’âge de cette catégorie. Le corps a quelques chantiers, ça grince du bas en haut, la souplesse n’est plus présente qu’au niveau du cerveau qui s’adapte si le corps veut absolument continuer, mais la raideur des membres et du tronc empêche de se prendre pour le chamois ou le bouquetin quand on vole plus qu’on ne court à dévaler les pentes. La volonté et l’entraînement ne peuvent plus compenser tous ces bobos récoltés au long de la vie et des kms parcourus.
C’est accepter cela où alors on ne fait plus partie des pelotons. A la prochaine, à bientôt ! Pour le moment, je continue.
La seule chose est peut-être de ne pas exagérer dans le nombre rapproché de compétitions d’ultras. Cette année j’ai fait fort. J’étais peut-être un peu gourmand cet hiver au moment de planifier ma saison 2019. Il faut dire que pour avoir un dossard sur les courses les plus réputées, les plus belles, les plus dures, les plus ceci ou les plus cela, il faut s’inscrire quand les inscriptions s’ouvrent pour pouvoir avoir le droit de courir. Le succès de l’ultra trail est immense et se développe de manière incontrôlée. Il y a de plus en plus souvent des tirages au sort. Quand je suis inscrit, quand j’ai eu mon dossard, je le respecte et respecte ceux qui n’ont pas eu cette chance. Il faut aller au bout. C’est aussi meilleur pour mon humeur et mon état mental. Là est ma faiblesse, je n’aime pas abandonner. Je digère mal ce que je prends pour un échec personnel. Donc je m’accroche. Heureusement ma deuxième partie de saison sera plus soft. Les 360 km et 26'000 m de dénivelé annoncés du Swiss Peaks seront déjà un défi immense que je réessayerai de mettre à mon tableau de chasse, après mon arrêt de l’an passé. Alors je me répète : A bientôt !

News postée le : 11.07.2019

28-30.06.19, Ultra Marin Grand Raid du Golfe du Morbihan 177km, 1100 m déniv.

C’est la semaine des canicules en Europe avec un vent chaud venant du Sahara. 34 degrés à l’ombre.
Le départ est reporté de 18h à 19h. Si on gagne un peu de fraîcheur en partant une heure plus tard le vendredi soir, ça ne va rien changer pour le samedi qui sera plein pareil à courir sous le soleil, hormis pour quelques élites arrivant dans l’après-midi.

2 semaines après le Scenic Trail de 113 km et 7400 m de dénivelé, (oui, course arrêtée j’en ai fait que 101 avant qu’on puisse rentrer en bus) je ne me sens pas en pleine forme. La chaleur étouffante ne m’inspire pas, car nous devons attendre dans le gazon une heure de plus le départ reporté. Je m’endors même 2 heures de temps à l’ombre et me réveille un peu nauséeux. La pizza de midi mangée dans le bus venant de Nantes n’est pas complètement digérée. Elle était très bonne, mais c’est gras quand même et la chaleur n’aide pas. Dès le départ, je ressens un point sur le haut du mollet droit. Sûrement une suite de mes seuls entraînements possible cette semaine, à savoir du stepper élliptique. Je me suis fait un lumbago dimanche en déplaçant des choses assez lourdes en aidant chez ma sœur, victime d’un raz-de-marée de ruz débordants et inondant leur rez-de-chaussée d’un mètre d’eau et de boue en quelques heures. Donc j’ai fait du stepper car courir m’était impossible avec les chocs et me pencher en avant sur mon vélo spinning l’était aussi. Je suis encore sous l’effet de médicaments pour faire passer le mal et ceux qui détendent sont sujets à donner des somnolences.
Je ne peux pas me plaindre pour autant, c’était soit avoir des effets d’endormissements et courir ou ne pas les avoir et ne pas courir du tout. Je suis donc au départ et mon but est de venir à bout des 177 km. La plus grosse difficulté n’a pas été la longueur, mais les misérables 1100 m de dénivelé. Car redescendre les nombreux escaliers ou trous assez raides menant aux plages ou en forêt exigeaient souplesse et sauts possibles, ce qui n’étaient pas à l’ordre du jour de mon état. Il faut s’adapter…

Venir à bout du parcours me paraît bien vite de l’ordre de la science-fiction ! Je peine à 10 km/h en vitesse maximale ! Après 24 km, j’ai déjà mal aux vertèbres dorsales, cela me fait comme des crampes dans le dos. Le lumbago est plus ou moins passé, seul un point reste présent sur le côté droit, où il était le plus douloureux mais c’est acceptable, ce n’est qu’une gêne qui me rappelle de faire attention. Le nerf sciatique, lui, est tout de suite à l’appel. Il se fait un malin plaisir de se manifester dès que ça monte un peu ou si je dois surélever ma jambe pour passer des écueils traînants sur le sentier ou escalader les nombreux escaliers qui nous font quitter la plage à maintes reprises, jouant au yoyo pour y descendre et en repartir. Les roches marines coiffées des algues laissées par le reflux des marées n’inspirent pas trop confiance pour savoir si ça glisse ou pas. Je ne m’y risque pas trop, surtout si ces rochers sont encore humides ou lisses, pas trop rugueux. La nuit va s’inviter lentement à partir de 22h20 environ dans les passages boisés. Dans les parties dégagées, il fera jour quasiment jusqu’à 22h45. J’allume ma lampe frontale à 22h50. Le profil n’est pas très important mais il est casse-pattes quand même car les petites bosses sont parfois bien raides et cassent le rythme. Les marches d’escaliers très étroites et irrégulières, sont dangereuses à la descente. Avec mon problème de sciatique qui m’empêche de bien soulever ma jambe droite, je peine et suis très prudent.
Au 60ème km environ, un petit tronçon de boue que j’ai mal distingué de nuit, me stoppe net. Mon pied gauche fait ventouse lorsque je veux faire mon pas et je trébuche en avant, la jambe droite déjà presque posée et celle-ci m’arrache un cri de douleurs. Je ressens une piqûre à l’endroit de l’insertion du nerf sous la fesse. Je reste au sol, la douleur est forte. Mon cri a fait faire demi-tour à une coureuse une trentaine de mètres devant moi qui venait de me dépasser. Le petit groupe de 3-4 coureurs que nous avions dépassé peu auparavant arrive. Ils m’aident à me relever en me soulevant par les épaules. Ils me demandent si c’est ok. Oui, c’est ok pour vous pour continuer, mais pas ok pour moi, mais je vais continuer quand même. Je clopine, je boîte, j’avance comme je peux durant 10-15 minutes et ça finit par diminuer de douleurs. Je marche ensuite toujours plus vite. Je boîte toujours et plusieurs s’enquièrent de mon état et me proposent des dolipranes. J’aurais pu ouvrir une pharmacie avec tous ceux qu’on me proposait. Certains me demandent pourquoi je n’appelle pas le no de secours. Je veux finir répond-je chaque fois. Comme ça ? Ben oui, enfin, j’espère que ça ira mieux…. Va voir le médecin au poste me dit-on aussi. Non ce n’est pas la peine, dis-je de go, il ne pourra rien faire sinon me dire ou conseiller d’arrêter et je ne le veux pas. En général, les samaritains, les médecins sur les courses sont tout contents d’avoir des clients. Si tu as cette malchance de devoir leur demander de l’aide, ils sont très enclins à bien faire leur travail, qui prend du temps… beaucoup de temps, bien trop de temps quand tu es en course et que tu veux repartir. Le mieux est de se débrouiller sans eux. Si t’en as vraiment besoin mais que ça peut attendre un peu, l’arrivée sera le moment idéal. Là, ils auront le temps de te bichonner. Là, j’apprécie leur travail même s’il prend du temps. Tu fais de belles rencontres en général très sympathiques. S’ils sont là, c’est qu’ils aiment le sport et donner de leur personne. Donc, tout est réuni pour passer un bon moment.

Ma blessure à la fesse me ralentit énormément. La nuit de 23h à 5h30 dure 6 heures 30. Je n’ai pas fait mes 30 km ! Mais plus ça va en avant, mieux je me sens. J’ai profité de dormir après le passage en mer à bord du zodiac, durant la neutralisation. C’est toujours 20-30 minutes de gagnées et rien ne l’interdit, à l’image de ceux qui m’en ont donné l’idée au débarcadère. Je m’achète dans une boulangerie un chausson aux pommes et une tranche de quiche. J’ai faim. Quand on est lent, le temps entre les ravitos est d’autant allongé mais l’estomac ne se contracte sur rien, d’autant plus s’il est vide et cela forcément si on traîne. Les gels de secours que j’ai sur moi ne me donnent pas envie de passer ma faim, comme mes barres énergétiques que je ne connais que trop bien. Si la forme est là et que je fais la course à fond, je n’ai pas le temps de me poser ce genre de question, à savoir de quoi ai-je envie de manger si l’opportunité d’acheter quelque chose est possible. Je fonce et avale soit une barre soit un gel sans me poser trop de question. Je réfléchis à cela avant de préparer mon sac et cela détermine ce qui sera à disposition.

J’essaie à chaque ravitaillement de ne pas trop traîner, car j’aimerais bien ne pas passer 2 nuits dehors et la seconde nuit sera semble-t-il très courte au vu de ma vitesse horaire. Je fais mes calculs de prévision et avec la fatigue, je m’embrouille souvent dans les chiffres qui me donnent plusieurs heures d’arrivée. Mon cerveau est fatigué. Finalement, j’arrive à prendre le rythme d’une coureuse, Nathalie, et elle me remet dans un tempo de plus en plus rapide jusqu’à ce que ce soit moi qui m’envole. A une trentaine de km de l’arrivée, j’accélère de plus en plus. Les 10 derniers kms me voient rattraper une floppée de coureurs de différents parcours, mais il y en a beaucoup du Grand Raid de 177km. J’en reconnais quelques-uns que cela fait des heures que je n’avais plus vu. Je suis proche du 10 km/h et la plupart traîne moitié moins vite et se plaignent un peu que ça devient long. Mais à la différence de vitesse, ce n’est que quelques bribes de paroles que j’entends quand je les encourage ou que je demande si tout est ok, s’ils sont arrêtés, certains faisant même une petite sieste. Je n’ai pas trop souffert du manque de sommeil durant la seconde nuit, demandant assez souvent du café samedi après-midi et dans la seconde nuit, faisant même un mélange café-coca dans une de mes 2 gourdes. Je buvais par petite gorgée quand je sentais un coup de mou. Le goût ressemble davantage à du café mais dilué ainsi, l’estomac a bien supporté ce curieux mélange.

Arrivé vers 3 du matin, mon chrono me donne 31h41, le temps neutralisé déduit. A cette heure tardive pour se mettre au lit, la nuit sera très courte. D’autant que pour me rendre à l’hôtel avec ma médaille autour du cou et après avoir essayé la bonne taille du gilet finisher, après avoir pris une douche et rincé mes chaussures couverte de poussière, qu’il me faut pouvoir enfiler le lendemain pour voyager sans avoir honte de leur saleté, le temps passe vite et ce n’est que vers 5 heures du matin que je peux mettre mon réveil pour 9h30, afin de pouvoir encore déjeuner…
La rentrée est épique, l’avion est annulé au moment où on va passer la douane. Retour en arrière, explication de l’hôtesse de la compagnie qui nous informe de nos droits si on veut rentrer avant que l’avion de remplacement soit disponible, 2 jours après ! Rentrée le lundi après-midi en TGV avec une escale de changement à Paris entre la Gare Montparnasse et la Gare de Lyon, avec le temps à la minute pour pouvoir monter dans celui qui nous mène à Bâle. Aucune agence de location ne voulait nous louer une auto, car nous la voulions en aller-simple. Certains n’en ont plus à louer mais vous laissent poireauter dans la file d’attente avant de vous dire, non, nous n’en avons plus ou non, nous ne louons pas si vous ne pouvez nous la ramener à Nantes. Le plaisir d’écouter les discours des autres clients potentiels qui s’impatientent ou qui racontent leur mésaventure au téléphone… La seule chose positive dans ce contretemps mal apprécié au travail est que nous avons pu en vitesse, lundi matin, voir l’Eléphant de Nantes et parcourir la vieille ville à pied, tout en faisant un tour express au Château et dans le Jardin des plantes, à proximité de la gare.
Vive l’aventure ! A bientôt

News postée le : 11.07.2019

8 juin 2019, Swiss Canyon Trail de 112.3 km, 5550 m dénivelé

Swiss Canyon Trail 8 juin 2019, couru bien sûr avant le Scenic Trail dont le compte-rendu est déjà en ligne...

LE trail de MA vallée, qui passe dans MON village.

Pour la 15ème fois en 24 éditions, je faisais le parcours le plus long. J’avais tâté aussi le parcours du marathon par 2 fois sauf erreur, 1 fois le relais, 1 fois « l’étape » d’une douzaine de km. Me manque encore le semi pour avoir toutes les distances de cette organisation.

Actuellement, depuis l’an passé, la plus longue distance a grandi de 75 km à 112.3 km. Le dénivelé a pris l’ascenseur de 2950 à 5550 m pour la grande distance du Trail de l’Absinthe qui du coup a pris le nom de Swiss Canyon Trail. Il faut dire qu’on parcourt quelques belles gorges humides jurassiennes et qu’on longe le Creux-du-Van, célèbre pour son cirque semi-circulaire avec des falaises hautes de 200m. Un, si ce n’est le plus beau canyon de Suisse.

Jusqu’alors, j’ai toujours réussi à tirer mon épingle du jeu et sortir un bon, voir un très bon résultat, à savoir ma 2ème place scratch de 2008, ou ma victoire en V2 de 2018 pour ma dernière année dans cette catégorie. J’espérais donc que le fait de courir A LA MAISON, me conviendrait à nouveau et ferait qu’en principe, ça joue….

Cela s’est bien passé jusqu’au Creux-du-Van, au-dessus de mon village, sur je peux dire mon terrain d’entraînement habituel qui monte au Soliat, autre nom pour le sommet du Creux-du-Van. La descente sur Môtiers m’a déjà vu un peu souffrir des genoux, comme sans amortisseurs. Immanquablement, ça me freine car c’est un peu douloureux, surtout quand subitement les os se touchent l’un sur l’autre. Cela incite à la prudence, qu’on le veuille ou non.

La montée du Chasseron s’est mieux passée, pour preuve l’hémorragie des coureurs me rattrapant s’est bien calmée et j’en rattrape aussi quelques-uns. Julia, ma femme, me rattrape peu avant le sommet. J’espérais garder contact dans la descente, mais les genoux ne vont pas mieux et un arrêt wc me font perdre toute chance de la revoir à Vuiteboeuf, le point le plus bas du parcours, aux abords de la plaine à 609 m d’altitude. Les gorges de Cottavanaz en montée me conviennent assez bien car le sentier n’est pas trop technique et je maintiens ma position, cela ne revient pas de derrière et ceux de devant n’augmentent pas leur avance, mais je peine à vouloir les rattraper. Arrivé sur les pâturages du Mont-de-Baulmes, mon pied et surtout l’articulation de la cheville gauche me font mal. Je dois desserrer le laçage jusqu’à presque en perdre le soulier quand ça devient raide. Je devrai plusieurs fois ajusté le laçage, mon pied ne supportant pas de pression à l’endroit de l’articulation de la cheville. Je vais perdre 4 fois du temps pour ça. Je trébuche quelques fois sur la crête assez technique parsemée de cailloux calcaire sur le sentier étroit. La descente sur le col de l’Aiguillon qui termine ce passage en crêtes est très abruptes et il faut être bien concentré pour désescalader certains passages scabreux fait de hautes marches ou goulets entre des rochers. On emporte avec soi la vue sur le plateau suisse, le Léman et la chaîne des alpes au loin qui est juste magnifique. La montée en direction du Chasseron, après une brève incursion au nord pour une splendide petite gorge, pour la 2ème fois mais par le côté ouest, nous permet d’admirer un paysage à couper le souffle ce jour-là, avec une luminosité très nette qui annonce un mauvais temps à venir. Je vais même me retourner quelques fois pour admirer un bout du Léman. La mosaïque des champs aux différentes couleurs est contemplative. C’est de toute beauté. Le final sera fait de hauts et de bas au niveau de mon rythme, avec des descentes catastrophiques pour les 2 dernières, en direction du village de Fleurier parmi quelques paravalanches contre les cailloux et l’ultime dans les escaliers et le sentier assez raide menant à Couvet. Je perds beaucoup de temps dans ces passages comme la descente du Chasseron sur Noirvaux.

Je serai le chanceux qui voit et cueille une belle morille jaune, une grosse boule oubliée et pas vue probablement par les coureurs du 75 km (qui en fait 82) et les concurrents du 105 (qui en fait 112.3) qui ont passé avant moi, soit environ 280 personnes ! Je confie ma morille à une amie au poste de ravitaillement de Noirvaux que je retrouve 500 m plus bas. Elle sera mangée le lundi suivant avec d’autres sur d’excellentes crôutes aux morilles, cuisinées par une amie cuisinière professionnelle. Mes enfants et leurs conjoint(e), Julia et moi avons savouré la différence de ma façon de faire, un peu basique !

Ou ça va mieux pour moi, c’est l’ascension du Chasseron et les quelques bosses qui suivent jusqu’à la fin. Je rattrape juste quelques coureurs mais n’arrive pas à reprendre tous ceux qui m’ont devancé sur les secteurs descendants. Le débours n’est pas en ma faveur. Je manque de fraîcheur aussi certainement, je ne me sentais pas dans une forme olympique. Tout ceci fait que je termine 50ème du scratch, 47ème homme et 2ème V3. Je perds une trentaine de rang depuis Vuiteboeuf. Je perds surtout de 2h à 2h30 sur des coureurs à qui je prenais 20 à 40 minutes l’an passé. La facture est salée.
Un peu de méforme peut-être mais la raison principale est je pense des problèmes orthopédiques des chevilles, pieds aux genoux, sciatiques à la fesse droite, les vertèbres un peu douloureuses aux dorsales surtout et des contractures de crispations aux épaules. Quand ça coince dans les jambes quelque part, la position corporelle n’est peut-être pas optimale et je le ressens dans le haut du corps qui se met à coincer aussi…. L’effet cascade. Je vous l’ai dit, son nom est Swiss Canyon trail. La plus belle cascade est celle de Môtiers. A l’an prochain ?

News postée le : 11.07.2019

15.06.2019 Scenic Trail 113 km, 7400 m dénivelé

A Tesserete, au nord de Lugano était donné dans la nuit de vendredi à samedi, le départ de ce trail. Initialement prévu à minuit, le départ est reporté à 1 h du matin pour orage annoncé et bien présent. Quand nous partons, il ne pleut plus, le sol est bien mouillé et les chaussures glissent sur l'empierrement du sentier fait de gros pavés irréguliers, soit des pierres naturelles. Je pars dans la masse, car une semaine après le Swiss Canyon trail de 112 km, j'ai un doute sur ma forme.

L'air est très lourd, épais, humide et je transpire abondamment. Petite alerte avec ma frontale qui n'éclaire pas bien alors que j'avais mis des piles neuves après l'Ultr'Ardèche, peut-être que ma lampe s'est allumée dans un sac. Heureusement, j'en ai une autre mais j'ai oublié de tourner les piles, justement pour pas qu'elle s'allume. Je perd un peu de temps pour essayer de l'ouvrir. L'élastique sort de la fixation de la pile et je vais descendre, la lampe à la main. Au moins, elle éclaire bien avec ses piles neuves.

Après la première montagne escaladée et redescendue, une longue ascension nous amène au Mont Tamaro au 31ème km. J'y arrive alors qu'il fait déjà jour depuis une heure environ. Je suis remonté au classement au fur et à mesure de l'ascension mais je dois être dans le premier tiers seulement. La descente est longue jusqu'au Monte Ceneri et parsemée de nombreux cailloux et rochers que mes genoux n'apprécient pas. Mes jambes ne sont pas souples et comme sans amorti et de plus, tous ces cailloux m'empêchent de bien courir autrement qu'un escargot sur terrain sec à la montée. Oui, je perds énormément de rang et de temps. En bas, je me sens fatigué et les jambes en compote. Le changement de rythme et la transition terrain-route est difficile. Je me sens courir carré. Après avoir passé le ravitaillement du Mt. Ceneri du 41ème km, la route quitte notre programme qui retrouve ses sentiers et je me mets à rattraper plusieurs coureurs, déjà motivé d'avoir retrouver au stand du ravito plusieurs personnes qui m'avaient dépassé en descente. Au 51ème km, beaucoup de monde à la cabane de montagne qui fait office de base de vie et de ravitaillement. Je n'ai pas déposé de sac, je remplis mes gourdes, bois une bière sans alcool et repars avec des petits sandwichs au fromage et au jambon. Ils passent bien et je me ressens le ventre à nouveau habité. Je commençais sérieusement à avoir faim. Pourtant à chaque poste, j'avais mangé mais je ne trouvais pas des choses qui me convenaient, hormis la boisson isotonique. Des pains au nutella ne m'ont pas trop convenu avant, alors que j'aurais voulu du salé.

Je laisse sur place une bonne trentaine de coureurs, peut-être davantage et en rattrape encore une vingtaine dans la montée très raide, avec des bouts de câble, de corde ou de chaîne qui suit sur les prochains 600 m de dénivelé. Et je résiste dans les parties planes et dans la descente qui suit en forêt, d'abord peu raide avant de trouver de fortes déclivités et de slalomer dans les prés recouverts de fougères. La raison de ma bonne descente, comme plus tard aussi, est que le terrain est terreux, couvert de feuilles ou de brindilles de sapins, ou herbeux et que les parties techniques sont rares et cela convient mieux à mes genoux et à mon pied droit.

Je remonterai encore plusieurs coureurs au classement avec la très longue montée qui nous mène jusqu'au 80ème km. Le soleil tape fort sur la route et sur les prairies sans arbres. La vue depuis le matin donne sur plusieurs vallées et j'y perd mon Nord. Nous avons vu Lugano et la vallée du Ceneri, le bout du lac de Locarno et la vallée remontant à Bellinzona, des vallées italiennes vu que nous longeons la frontière sur la ligne de crête nous faisant redescendre du Mont Gazzirola situé à 2115 m, sommet du trail.
Dans le village d'Isone, une vipère repte sur la route, bien vivante, alors qu'une autre, bien plus grosse était morte dans les lacets nous menant à l'alpe del Tiglio. Mais la morte, ça ne se voyait pas qu'elle avait passé le dernier cap, m'a plus surpris que l'autre. J'ai aussi vu un rassemblement de chanterelles peu avant Isone et ses camps militaires. Juste sous un hêtre, bien visibles car toutes groupées serrées, comme une trop belle cible à ne pas louper, pour un champignonneur. Mais je n'avais pas envie de changer de métier à ce moment de la compétition. J'étais bien occupé à ne pas perdre des rangs en descente et à rattraper même d'autres coureurs.

Peu après San Lucio, ravitaillement du 85ème km, nous apprenons que la course va être stoppée au prochain ravitaillement pour cause d'orage. Orage prévisible, précisons-le. J'arrive au 91ème km, il y a des coureurs qui attendent devant le refuge-bistrot de Pairola. Pourtant le ciel est clair dans la direction où nous allons et nous pourrions profiter encore des heures de jour, car il est 19h25 quand j'arrive. Mais nous devons attendre. On entend que la course va peut-être être arrêtée. Pourtant, avec un ciel qui s'assombrit, à 19h30, nous pouvons reprendre la course. Déjà 20 minutes plus tard, des coups de tonnerre résonnent à une dizaine de km. Puis se rapprochent toujours davantage. La nuit tombe, nous allumons nos frontales et croisons dans un pré un membre de l'organisation qui nous dit que c'est l'avant-dernière bosse, que toutes 2 font environ 350 m de dénivelé. Nous devons être autour du 96ème km lorsque nous sommes presqu'au sommet et qu'il pleut depuis quelques minutes à verse avec des coups de tonnerre très locaux. La foudre s'abat une fois à quelques mètres de nous, à l'épingle d'un sentier. Les coureurs plus rapides ont fait demi-tour et redescendent de notre côté. Il semble que quelqu'un a reçu par téléphone l'odre de faire demi-tour. C'est la débandade jusqu'à ce qu'on se réfugie sous un abri pique-nique, dans le pré. De là, nous devons rejoindre le poste de ravitaillement du km 100, situé à quelques 300 m, à travers le pré. Re-attente d'une heure environ. Finalement, nous devons tous descendre à pied, compétition stoppée jusqu'à Villa Luganese, le village plus bas. Nous aurions facilement eu le temps de passer si nous n'avions pas été bloqué quand on nous a stoppé la 1ère fois. Le ciel n'était pas sombre, l'air pas électrifié, l'orage était bien loin et au nord à ce moment-là.

Ensuite ça a été un peu la panique dans les ordres reçus.
Mais vraiment incompréhensible dans l'élaboration du classement. 22 coureurs ont terminé les 113 km. La course a été stoppée à 3 endroits différents, selon l'avancée des coureurs. Moi j'étais à Parailo, au 90ème avant que les 23 ayons le droit de continuer. Même si nous avons tous été crédité du même temps de 25h00.02 secondes, des coureurs qui ont mis 19h de temps ou plus pour 62 km sont classés avant d'autres qui ont fait 96 km en 18h de temps ou selon le dernier temps pris par le contrôle des gps-chips, 16 h à 17h30 de temps pour 84 km. Totalement dans le désordre et arbitrairement. Il serait  facile de classer les coureurs selon le nb de km parcourus et le temps qu'ils ont mis comme dans une course horaire de 6, 12 ou 24 heures par exemple.

J'ai donc été classé 187ème sur 241 finishers en 25h00.02, temps qui ne correspond à rien sinon qu'il fallait écrire un temps quelconque. Sauf erreur, il y avait 400 dossards de vendus.Il y a eu énormément d'abandon ou de mise hors course pour délai dépassé à certains postes. J'étais pointé 46ème au 84ème km, arrivé à la fin d'un petit groupe légèrement éclaté. Je suis 18 secondes derrière le 45ème. J'en laisse plusieurs sur place car je faisais assez vite aux ravitaillements, profitant que certains mettent le temps pour les dépasser. J'en rattrape 5 jusqu'au 90ème, dépassant même 3 coureurs en descente après avoir réduit l'écart dans une petite ascension de 150 m. J'estime ainsi que ce serait plus juste de nous classer selon notre temps au dernier poste avec contrôle officiel de San Lucio pour notre groupe, puisqu'à Parailo, aucun contrôle ni ordre d'arrivée des coureurs n'est fait. Pourtant à Parailo, j'étais certainement autour de la 36ème place. Mais ça a fini dans une grosse farce de gestion des temps. Si je me permet de l'écrire, c'est que je dis aussi quand ça va bien. Pour le reste, c'était bien balisé, l'organisation tient la route pour la prise des dossards et on trouve réponse à nos questionnement en lisant le matériel concernant la compétition, le réglement, l'horaire du week-end etc...Le paysage m'a offert la découverte que j'étais venue chercher dans ce coin de pays que je ne connaissais pas. Une belle balade, voilà finalement ce qu'aura été notre compétition qui s'est terminée en eau de boudin.

News postée le : 16.06.2019

18-19 mai 2019, Ultr'Ardèche de 222 km et 4500 m de dénivelé

Week-end chargé en Ardèche avec un départ à 6h du matin samedi pour une boucle de 222 km avec 4500 m de dénivelé, tracé dans le nord du département. (presque 4700 m à mon gps pour le dénivelé)

Julia Fatton gagne chez les femmes en 30h12.39 secondes, 8ème ex-aequo au scratch H/F. (elle a attendu peu avant l'arrivée le coureur qui l'a suivait (l'ami Jean-Louis Vidal) car ils avaient couru longtemps ensemble)

Je termine 18ème scratch, 17eme homme, 2è de ma catégorie (le 1er finit avec Julia) en 32h29.36

A noter qu'un coureur, Gérard Denis qui a 75 ans, avec le dossard 00 ne rentre pas dans le classement, il a fait le parcours en trottinette. Chapeau à lui tout de même. Il était en 2009, à 65 ans finisher de la TransEurope-FootRace au Cap Nord.

Enormément d'abandon pour raison de course dure, rendue encore plus dure avec des conditions météorologiques difficiles avec la pluie, le froid, l'impression d'être toujours mouillé et avec le vent frais sur les hauts (à 1400 m d'altitude), c'était un peu la valse pour enlever et remettre, ou ouvrir et refermer la veste de pluie.

J'ai fait un détour de 3.4 km, car peu après le contrôle - ravitaillement no 20 à 117 km, à 21h40, donc de nuit et farfouillant dans mon sac, je n'ai pas vu une marque au sol qui nous faisait tourner à gauche et j'ai continué jusqu'à un cul-de-sac 1.7 km et 180 m de dénivelé plus haut qui donnait sur la forêt. Heureusement, j'avais à ce moment de l'énergie et j'avais couru toute cette montée, mais j'ai bien perdu 25 minutes. Le pire, c'est qu'une auto me dépasse alors que je suis au début de cette montée et qu'elle me recroise alors que j'en suis environ à la moitié et elle s'arrête pour me croiser, la route étant étroite à voie unique. Je suis persuadé que c'était une voiture de suiveurs et les 2 personnes à l'intérieur ne m'ont pas averti que ce n'était pas le tracé, que cela ne menait nulle part.

Au départ à 6 h du matin, je me sentais bien et j'avais bien commencé la course et me trouvais aux alentours de la 15ème place sur les 30 premiers kilomètres, jusqu'au poste 2. A partir de là, mon pied gauche et la malléole me sont devenus toujours plus douloureux au point de boîter passablement et me faire drastiquement ralentir pour me retrouver au poste du 57ème km autour de la 60ème place. Mon rythme n'était plus qu'à 6-7 km/h. J'ai pensé que c'était peut-être ma chaussette de compression qui me serrait un peu trop, pourtant je les avais mises une semaine avant pour les essayer à nouveau, elles ne sont pas neuves et n'avais pas eu de problème. Je voulais les couper. Des bénévoles me prêtent une paire de socquettes. Merci Brigitte et Philippe.

La pression a diminué, je pouvais courir presque normalement après quelques kilomètres, une fois que le pied s'était décompressé. Mais à la moindre descente, le mal revenait et sur une descente de 1000 m de dénivelé et quelques 15 km, j'avais à nouveau très mal et n'avançais guère plus vite que des marcheurs...
Finalement, au km 117, au poste 12, j'avais une paire de socquettes très large qui ont mis fin à mes problèmes. Stressé de changer de chaussette gauche, si peu souple et quémandant un peu d'aide, j'en oublie mes piles pour ma lampe et je finirai la nuit, juste de juste, ma frontale n'éclairant quasiment plus rien. Julia a plus de 3h10 d'avance sur moi autour du 140 ème kilomètre. Je vais retrancher une heure jusqu'à l'arrivée mais dans ces 3h, il y a aussi mon erreur de parcours qui me coûte du temps.

Je cours de longs tronçons en compagnie d'un coureur depuis le km 120 environ. Nous sommes vraiment ensemble pour 35 à 40 km jusqu'au 207ème. Avant, on se rattrape à tour de rôle, selon aussi le temps passé ou non aux ravitaillements. Lorsque les problèmes sont plus présents comme pour moi avec mon orthopédie, je gère un peu moins bien et prends parfois quelques minutes de plus sur les ravitaillements, m'asseyant même parfois 3-5 minutes pour une soupe, du café et manger un peu. La concentration se relâche un peu trop.

Si je lâche mon compagnon de route à la fin pour lui prendre plus de vingt minutes sur les derniers 15 km, c'est qu'on nous informe qu'une personne revient et n'est pas loin derrière. Ne m'avouant jamais vaincu sans essayer de me battre, je force jusqu'à l'arrivée courant à nouveau les montées. L'information était erronée... mais cela a diminué mon débours et je finis fort, comme j'aime le faire.Selon les temps du CP 3 situé à une 60taine de km de l'arrivée et au temps final, je réalise le 6ème meilleur temps. Cela me réconforte un petit peu de savoir que j'avais une forme pas si mauvaise, mais voilà, je dois faire avec mon corps qui connait de plus en plus souvent quelques problèmes orthopédiques et je suis bien obligé d'accepter ça si je veux concourir.
Course difficile rendue plus dure en raison des conditions météos. Mais ça a passé et au final j'étais content d'être autant remonté au classement, car je me voyais plus proche de l'abandon ou de la mise hors course pour délai pas tenu avec les problèmes du pied-malléole-cheville gauche. En boitant, j'avais ensuite des douleurs assez aigues dans le genou droit sous la rotule et le dos m'électrifiait aussi dans les vertèbres dorsales avec des torsions involontaires. Je me voyais mettre un terme à mes courses d'ultra de plus de 100 km avec ces douleurs généralisées. Mais comme tout coureur d'ultra qui se respecte... ces idées passent assez vite. Est-ce un bien ou un mal?

News postée le : 20.05.2019

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