Ravitailleur de 24 h : très intéressant, instructif et…. Fatigant !!!


Mon amie Julia a couru les 24 h de Palerme les 29 et 30 novembre 2008.
Elle a couru 225.103 km, très régulière du début à la fin, sans faire de pause et sans marcher ! Une belle victoire, 8ème performance mondiale de l’année, réalisée par un temps propice à la course à pied. Elle a terminé 3ème au général avec les hommes.
Ce jour-là, j’étais ravitailleur pour elle et pour un sympathique coureur Allemand, Friedemann Hecke, connu à Séoul, qui venait aussi chercher sa sélection pour les championnats du monde de Bergame en 2009. Il a battu son record et a gagné la course avec 233.8 km.
Dès le départ, j’ai ravitaillé mes 2 coureurs. Ils avaient les 2 prévus leurs boissons et la nourriture qu’ils désiraient. Isotonique, coca, thé chaud sucré, café, eau. Au niveau nourriture, gels, biscottes, tuc, barres énergétiques. Friedemann a aussi pris des pâtes et des fruits du stand officiel de ravitaillement.
Le parcours utilisait la 4ème piste d’athlétisme, soit 423 m. Julia m’avait demandé de lui dire si elle courait plus vite que 2.38 au tour, ce qui représentait 6.15 au km, soit 9.6 km/h. Son tour le plus rapide fut 2.30, soit 10.15 km/h après 30 minutes mais en connaissance de cause, elle ralentira un peu. Toutefois, elle courra jusqu’à la 10ème heure parfois encore en 2.34, soit du 9.8 km/h environ.
Etant seul pour 2 coureurs, il fallait être très organisé. A ma disposition, 1 chaise avec d’un côté dessous la chaise les boissons de Julia et de l’autre côté celles de Friedemann. Derrière sur un banc, les sacs d’habits et de réserve de nourriture, les chaussures etc…

                     

J’étais assis lorsque je le pouvais mais j’ai été debout plus de 16 h je pense. J’étais rarement assis, toujours à devoir préparer une boisson, aller chercher du thé, du café, préparer une nouvelle gourde, remplir un gobelet de pâte, de fruit, courir à côté de Julia ou Friedemann sur le secteur ravitaillement, les renseigner pour leur temps au tour, savoir de quoi ils ont besoin, leur rappeler qu’ils doivent manger ou boire si cela fait un moment qu’ils n’ont rien avalé. Faire des photos, en divers endroits du stade, aller dire aux contrôleurs que le tapis de contrôle n’a pas bipé, il était à l’opposé du stade.  Chaque heure, noter la position et contrôler que le nombre de tours correspond bien à leur vitesse de croisière. Une fois, j’ai constaté qu’il manquait 1 tour à Julia, car elle était très constante et un poil plus rapide que l’heure précédente. Effectivement, il manquait un tour. Je crois que j’énervais un peu le juge, car il se rendait compte que je contrôlais très bien mes coureurs. Le temps passe très vite de cette manière et cela creuse aussi l’appétit. J’ai également bu aussi plus de 10 litres en 24h, de l’eau surtout, du jus de fruits multivitaminés et quelques ristretto du stand officiel pour bien rester éveillé et garder la tête avec des idées claires…Je calculais chaque heure la moyenne de l’heure, la projection pour les 24h avec 2 modes de calculs différents, dont le résultat final projeté différait si la dernière heure courue connaissait un ralentissement, car ce calcul tenait compte des kms déjà parcourus et je rajoutais pour le nombre d’heures restantes, le nombre de kms courus pendant la dernière heure multiplié par les heures restantes. Cela tenait compte de l’allure moyenne des heures déjà passées et pour les heures à venir, la moyenne de la dernière heure.
Exemple : après 19h de course, Julia avait 180.793 km.
1er mode de calcul : 180.793 /19 x 24 = 228.37 km.
 Cela sous entend que Julia devrait courir jusqu’à la fin sur le même rythme des 19 premières heures sans fléchir, ce qui n’est pas très réaliste et qui ne tient pas compte du temps perdu par des arrêts inévitables (wc par exemple). Il faudrait accélérer pour rattraper le temps perdu, mais de ma propre expérience, cela nuit à la performance d’accélérer pour rattraper le temps perdu car on court alors à un rythme plus élevé, contre nature à ce moment de la course.
2ème mode de calcul plus juste : 8.883 km couru durant sa 19ème heure de course
il reste encore 5 h, soit : 5 x 8.883 = 44.415 km,  additionner  les 44.415 aux 180.793 déjà parcourus, cela donne une projection de 225.208 km aux 24 h.
A la 19ème heure de course, la différence entre les 2 modes de calcul était donc de 3.162 km (228.370 - 225.208 = 3.162 km)
Comme Julia a couru 225.103 km, voyez que Julia était hyper régulière jusqu’à la fin et que mes calculs étaient assez justes…grâce à elle.


                 

Il y a des heures où cette différence n’était que de quelques centaines de mètres, car Julia faiblissait quasiment pas. Au fil des heures, il y a aussi les arrêts que l’on ne peut éviter qui faussent la moyenne, même si le tempo est toujours pareil, donc, cela fausse la statistique. (Arrêts wc, 2 fois arrêt de 4 minutes environ pour percer des cloques à travers la chaussette).
Voici un tableau récapitulatif de ce que j’ai noté et calculé entre 2 services à mes coureurs.
Pour Friedemann, je n’ai que noté ses tours, ses kms, sa position mais n’ai pas eu le temps de noter ses prises de boissons et de nourriture.


             
Le Champagne de l’arrivée victorieuse, c’est de la bière sans alcool !  Saoûl de l’effort, elle a tout donné, n’a rien à se reprocher, immense coup de fatigue !


           
Le trio gagnant ! Julia 1ère et 3è général et à droite Friedemann, 1er     Avec Lucio Autistici, futur candidat au départ des 3000 miles de New-York !

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