
Championnats du Monde des 24 heures, 18 & 19 octobre 2008, Séoul – Corée du Sud. Bonaséo ! (bonjour)
Parti de Suisse le vendredi 1 semaine avant l’épreuve, Julia, mon amie et moi atterrissons à Séoul le samedi matin. Nous partons directement en bus vers le centre sud du pays, pour le parc national du Jirisan. Nous voulons être au calme et profiter de faire des marches et de pouvoir s’entraîner hors de la pollution. Arrivé à 16h sur place, nous allons courir 1 heure, je me sens en forme.
A Baemsagol, le lendemain, nous faisons une marche dans de magnifiques gorges jusque sur la crête d’une montagne, à 1300 m d’altitude.
Je suis assez dubitatif quant au goût du poisson séché que nous recevons spontanément de marcheurs Coréens en plein pique-nique. Il y a mieux comme friandise !

Nous courrons deux heures le soir avec la lampe frontale pour rentrer le long de la route.
Le lundi, nous prenons le bus pour changer de village afin d’escalader le plus haut sommet de la Corée du Sud continentale, le Chungwangdong peak qui culmine à 1915 m.


Comme nous partons de 200 m d’altitude environ, cela fait une bonne grimpée. Le soir, nous courrons 1h30. Départ de ce village, Permudong, le mardi matin après un footing très matinal d’une heure. Je prends mon appareil de photos et croque un paysage, des sculptures dans une vitrine d’un artisan du bois, qui fait des tables comme les miennes.


Nous visitons un temple à Gimcheon, ville du centre avant notre retour sur Séoul. Le mercredi, nous courrons 2h30 sur une crête de montagnes qui borde Gimcheon, dans une magnifique forêt. Les montées et descentes raides se succèdent sans arrêt, sur de petits sentiers. C’est tellement beau que les 2 heures normalement prévues sont débordées pour faire 2 h 30 d’entraînement.
Arrivée à Séoul à l’hôtel Coop Residence, en bordure d’un fleuve et d’autoroutes, mais somme toute assez calme encore. Rencontre avec les autres délégations. Pas d’entraînement le jeudi et le vendredi, malgré l’invite de plusieurs coureurs pour aller faire un footing le matin. Je leur dis que je préfère dormir une heure de plus…car après chacun va visiter un peu Séoul. Le vendredi, nous visitons le parc olympique des jeux de 1988. Très beau parc, grandiose, un poumon de verdure dans Séoul, avec nombres de halls et stades pour un grand nombres de sports.

La nourriture en Corée est riche en légumes fermentés et épicés, en riz, en soupes diverses, avec du poisson, des champignons, etc. Au début, nous nous réveillons à 4 h du matin, car nous avons faim malgré que le ventre était plein le soir avant après le souper. Mais il n’y a pas de dessert possible dans les restaurants. Depuis le mercredi soir à l’hôtel de la course, j’ai mangé davantage de riz et d’hydrates de carbones, d’œufs, de quelques morceaux de viande, de salades. C’était un mix entre la nourriture coréenne et occidentale mais j’ai pu faire le plein en hydrates de carbone. Je me sentais reposé dès le vendredi.
Samedi, jour de la course, déjeuner à 6h du matin, afin d’avoir 3 h de digestion avant le départ prévu à 10 heures. J’ai mangé du riz, des œufs brouillés, des céréales au lait, des toasts avec beurre et confiture, bu des jus de raisins et d’oranges, du thé, de l’eau. Bien mangé, autant du salé que du sucré. Retour en chambre et sieste encore environ d’une heure.
Dans l’ascenseur pour remonter en chambre, je prends la décision de suivre exactement les conseils de rythme de départ du team allemand, mon ami Jens Lukas me disant que partir à un petit 11 Km/h est amplement suffisant et que c’est notre chance de faire une bonne course. Cela correspond à faire le tour de 923.46 m en 5 minutes 13 sec. Yves Jeannotat m’avait aussi suggéré de partir plus prudemment après avoir vu le film Badwater. Je pense à ces amis qui me veulent du bien… et je suis décidé d’appliquer cette tactique. Départ à pied avec sacs de ravitaillement et rechange à 9h15. Le lieu de la compét se trouve à 10 – 15 minutes à pied. Nous y arrivons à 9h30, pas stressés pour 4 sous.

Nous prenons notre stand, y installons nos gels, boissons, barres énergétiques. Mes pieds ont été bien enduits de vaseline à l’hôtel, afin d’éviter les ampoules. Je suis prêt, j’attends le départ, on discute à droite à gauche, mais je me sens très serein, pas trop la boule à l’estomac.
Sur la première ligne, au coup de pistolet du départ, je me laisse couler dans les profondeurs du peloton pour prendre le rythme voulu avec mes New-Balance 826 et des chaussettes de compression.
Le premier tour en 5.08 correspond exactement à ma vitesse souhaitée. C’est parfait. Il n’y a plus qu’à tenir ce tempo. Probablement que je me situais autour de la 80ème place dans les premières heures, voire davantage. Mais le classement est aléatoire à ce moment là, car presque tous les coureurs sont dans le même tour, la première heure, mis à part quelques fusées parties à 12 à l’heure et quelques prudents qui partent justes pour leur performance souhaitée.
Après quelques tours, je regarde où se situe mon ami Jens. Il a quelques 200 m d’avance sur moi, on se croise régulièrement à la même place. Je suis très concentré sur mes talons qui souffrent un peu de la piste dure en béton. Puis ce sont les tendons d’Achille qui attirent mon attention. Après 4 h de course environ, des piquées dans le genou gauche alors que je vire à l’équerre avant la ligne droite des ravitaillements. Cela ne se reproduira pas. Je bois tous les 4 tours au début durant 3 heures, cela fait tous les 20 minutes. Dès 13h, je bois tous les 3 tours, et toujours des boissons isotoniques Sponser. Je prends 3 gels en 7 heures de temps, par petites doses. L’énergie est stable, je n’ai pas de baisse de régime.
Par contre, je connais des problèmes avec mon ventre. Il me semble qu’il gonfle quand je bois. Dès les 5 h de temps, cela devient franchement désagréable. Après 5h55, je cours aux toilettes. Je me vide de diarrhée.
Je reprends mon allure, je me sens mieux, mais à chaque fois que je bois, l’impression recommence, je gonfle. Je visite encore 2 fois les toilettes jusqu’aux 8h de course. Je suis vide. Je prends du riz, dans l’espoir de plomber mon estomac. Très peu salé, il descend difficilement. La deuxième fois que j’en prends, pas salé du tout, j’ai de la peine à en avaler 3 cuillères en 1 tour. Je le vomis complètement devant mon stand, accroupis dans l’herbe qui longe la piste. Je me sens vraiment vide de l’estomac. Je commence à boire du coca. Quelques tours plus tard, j’essaie du lait de soja. Très bon, goût agréable. Mais 3 tours plus tard, quand je reprends du coca, tout repart par le haut. Je cours depuis 8h17, c’est une image qui me reste car j’ai regardé ma montre.
Là, j’avoue avoir eu quelques doutes quant à mes capacités de tenir sans manger, car je ne savais vraiment pas quoi prendre. Un rapide souvenir de mon 1er 24 h, à Roche-la-Molière en 2001 a traversé mon esprit. Ne faisant que boire, j’avais eu une baisse de pression et depuis les 17 h de temps, j’avais dû beaucoup marcher.

En pleine action, mon ami Jens Lukas (11), le dernier responsable de ma tactique de course payante.
Je reprends du coca, il passe bien, je sens qu’il me requinque et contribue à me fournir l’énergie nécessaire à maintenir mon allure qui est toujours plus ou moins identiques, à un petit 11 km/h. Je n’oublie pas non-plus de prendre 2 ou 3 fois une pastille de sel. Je peux même un peu réaccélérer après 9h de temps, ayant quelque peu faibli suite à mes ennuis gastriques.
Aux 12 heures, on m’annonce pour la première fois mes kilomètres, j’en ai 127. Je croyais en avoir un peu plus mais je ne me sens vraiment pas fatigué. Je commence à croire vraiment en cette tactique, d’autant plus quand j’entends le résultat intermédiaire de concurrents, placés autour de la 13ème place et qui vont à un rythme inférieur au mien ! Je suis presque sûr à ce moment là de pouvoir les rattraper, même si ils ont 5 à 6 km de plus.
A Julia, toujours présente à chaque tour dans la zone de ravitaillement, je lui annonce qu’elle va devoir beaucoup travaillé dès la 9ème heure. Je lui dis que je veux boire à chaque tour du coca, puisque je ne peux pas manger et que je ne supporte pas l’eau. Après coup, il semblerait que l’eau était très chlorée et que beaucoup de coureurs ont souffert de cela. Gentiment, j’ai 10 km de plus que le nombre d’heures. Soit aux 19h, j’ai presque 200 km, aux 20h j’en ai 210 etc… Je vais à peine faiblir sur la fin, puisque un moment donné, je vais courir aux alentours de 9 km/h. Avec mon ami Jens, que je rattrape de temps en temps, nous courrons 1 ou 2 heures ensemble, mais il va un peu vite quand je lui dis qu’il peut m’aider à tenir le rythme. Un arrêt aux wc à 3 heures de la fin met fin à notre course ensemble. Ensuite, je le croise légèrement décalé à chaque tour, il va à peine plus vite que moi. Je fais aussi un arrêt rapide assis sur la chaise de notre stand, enlève la chaussure gauche sans délier le lacet et me fais enduire le dessous du pied de vaseline avec ma chaussette. Comme j’ai une chaussette de soutien, cela prendrait trop de temps de l’enlever et de la remettre. Je rechausse et repars rapidement. A la fin, les places 6 à 10 sont chères et bien disputées. Nous nous dépassons plusieurs fois chacun, c’est un bon mélange de place. J’aurais presque pu espérer la place 7 ou 6, mais mes 2 derniers arrêts, aux toilettes et vaseline, pourtant indispensables, m’ont certainement coûté une place…mais cela fait partie du jeux, de gérer les arrêts.
Je peux encore accélérer le dernier tour, où l’on court avec le drapeau de son pays. Julia me le porte et cela me permets de sprinter sans être gêné. Le résultat que l’on me donne est de 248.041 km. Record personnel battu. Les résultats seront recomptés, recontrôlés, voire corrigé quand à la virgule des centimètres, enfin, le résultat final est de 248.965 km. Soit 2.323 kilomètres de plus que mon ancien record de 2004 (246.642 km). Mon but était de finir dans les 10 premiers et j’espérais secrètement que 240 km suffiraient car je n’osais pas trop penser battre mon record.