Courir les 24 heures de Brugg-Argovie du 24 et 25 septembre 2011.
Le week-end de Fête des Vendanges à Neuchâtel, il est normal d’avoir une bonne descente de liquide pour se désaltérer, toutes les raisons sont bonnes pour ingurgiter de préférence du blanc, de l’œil de perdrix, du rouge de Neuchâtel…cela pour faire santé !!!
Donc j'ai eu une bonne descente...de boissons isotoniques, de coca et de bière sans alcool panaché au sirop grenadine et de purée de pommes-de-terre assez liquide. A cela s’est ajouté 2 ou 3 gobelets de boulgour fin cuit à la maison le soir avant, 2 barres énergétiques, 1 gel d’hydrate de carbone.
Vous aurez vite compris que je n’étais pas de la Fête des Vendanges…
Avec 220,055 km j'ai gagné pour la 2ème année consécutive les 24 h de Brugg devant Irina Koval, avec 204,049 km, une Russe internationale qui a déjà réalisé plus de 229 km et en 3ème position, Emmanuel Conraux de Colmar, avec 192,002 km, un copain qui a son record à 255.526 km, qui court des ironmans, des doubles, des triples, des déca-ironmans....et détenteur de meilleures performances mondiales sur le quintuple en 73h12 min. D’avoir déjà concouru avec lui, je savais qu’il serait un concurrent sérieux. Mais il n’était pas au mieux de sa forme, ayant fait un trail de 160 km et 7'000 m de dénivellé il y a 2 semaines.

Arrivée à Brugg, on est en face d’Emmanuel Conraux accompagné de Nicolas Reminder, 2 copains de plusieurs années. Leur ravitaillement est impressionnant, leur garde-manger à domicile doit être vide.
J’ai espéré avoir la forme de faire 230 km environ et suis parti dans cette option. Mais après quelques heures, j’ai vu que ça me serait difficile, ma préparation ayant été stoppée par 4 jours de maladie avec de la fièvre et une infection l’avant-dernière semaine avant la course.
Délibérément pas trop longtemps obnubilé par le kilométrage final espéré, je me suis concentré à courir aux sensations, sans contrôler mes temps de passage. Je me rappelle juste être passé au marathon en 4h01 environ.
Passé définitivement en tête à partir de la 13ème heure, j'ai su avoir confiance au début et ne pas répondre à des départs de coureurs bien plus rapides que moi sur 15km (entre autres, 56 minutes pour Peter Lüginbühl de Kerzers, si mon meilleur temps fut 52.35, j'aurais de la peine à casser l'heure actuellement). Mais 24 h n’a pas grand-chose à voir avec le rythme de courses courtes.
J'ai été assez régulier tout au long mais avec la nuit et le brouillard où on ne voyait pas grand chose, le rythme baisse un peu et de nuit il est de toute façon difficile à maintenir. Les heures les plus dures sont celles de 2h à 7h du matin, quand il fait nuit noire. A moins de 4 h de la fin, j’ai voulu savoir où j’en étais exactement. On m’a d’abord dit que j’avais 200 km. Un doute s’est installé et quelques tours plus tard je me suis dit mais alors j’étais plus vite que je ne pensais ou ils se trompent. En fait, à 3h20 de la fin, j’avais 191.8 km, Julia étant allée demander le chiffre exact expressément à ma demande. Ça m’a d’abord un peu découragé mais Julia était sûre que j’allais arriver au 220 km, car mon visage et mon état général avaient l’air moins crispé que d’habitude. J'ai donc accélérer gentiment pour essayer d'atteindre la moyenne finale de 9 km/h, soit 216 km, et finalement toujours très concentré malgré que les jambes brûlaient, j’ai soutenu mon tempo jusqu’à 8 minutes de la fin. Là, j’ai donné mon maximum sur le dernier tour et demi pour atteindre les 222.055 km.
J'ai l'impression de finir plus fort les 3 dernières heures, c'est en fait environ de 20 à 30 secondes de gagné par tour. Avec la fatigue, il me semblait que j'allais bien plus vite, mais le protocole des temps enregistrés par tour ne permet pas de dire n'importe quoi, c'est intéressant d'en prendre connaissance. Si j’enlève les 3 arrêts wc et 3 arrêts pipi et le temps d’enfiler mon bas de survêtement pour la nuit, je ne cours pas plus lentement que 6 minutes 30 par tour, soit du 8.5 km/h pour une moyenne finale de 9.252 km/h.
C'était mon 12ème 24 h et c'est ma 5ème victoire sur 24 h. (2x Bâle, 2x Brugg, Espoo-Fin)
En Suisse je n'ai pas été battu depuis 2004 avec ma première victoire à Bâle (246.642 km). Il y a souvent de nouveaux venus sur la distance mais certains arrêtent après quelques 24h, ils ne font pas très long et sont souvent surpris par la difficulté. Il faut vraiment être tenace et faire abstraction de tout ce qui nous entoure le plus possible. La grosse difficulté reste toujours de s’alimenter sans avoir de problèmes de digestion. Pour cette fois, ça s’est bien passé pour moi mais c’est différent à chaque fois, il faut souvent improviser au long de l’épreuve, en fonction des dérangements stomacaux.
Les organisateurs, Fredi Buechler au contrôle et sa femme Dorothea au stand de ravitaillement richement fourni.
Mis à part les premières heures où je me freine pour ne pas aller trop vite par rapport à la forme que je crois avoir, je contrôle ma vitesse avec ma montre. Ensuite, je l'ai enlevée et ne regardais que rarement le chrono officiel du compte à rebours. Il faut simplement ensuite essayer de maintenir le rythme qui semble toujours plus dur à tenir, car ça commence à brûler un peu partout, spécialement sous les pieds et aux quadriceps, ainsi que les tendons derrière les genoux, pour cette fois.
J'ai rarement été si positif dans ma tête sur un 24h, malgré que je n'ai pas livrer ma meilleure course sur la distance, mais il me faut aussi accepter que j'ai 52 balais...et que ça commence à être plus dur à atteindre les sommets (mon record à 248.965 km en 2008 aux Championnat du Monde de Séoul, 8ème).
Avec encore 4 jours de maladie 2 semaines avant avec de la fièvre et une infection, j'avais un peu souci de ma forme et ma préparation a aussi été perturbée par le relais Hood to Coast aux USA, placé à une période où j'aurais dû avaler de nombreux kms. Finalement, la victoire me récompense et me fait plaisir, je ne peux qu’être content.
Tout au long de la course, j’ai eu loisir parfois d’être accompagné par d’autres coureurs qui durant quelques tours ont le même rythme que moi et on en profite pour discuter et faire connaissance avec certains. C’est le côté convivial, même si c’est une compétition, on court avant tout contre soi. On ne peut pas tricher longtemps avec un rythme trop rapide sur 24h, car dans ce cas on explose et on est ensuite plus capable de courir mais contraint de marcher. Et à la marche, l’allure chute à 5 km/h.
Une mention toute particulière à Julia, ma chère femme qui m’a ravitaillé comme une vraie pro quasiment chaque tour, vu que j’ai assez peu mangé, mais pris mes calories sous forme liquide principalement.
Je ne lui ai pas laissé beaucoup de repos mais elle était bien entourée par quelques ami(e)s coureurs/ses.
Et elle a pu me trouver de la bière sans alcool, ce qui m’a parfois fait bien plaisir, panaché au sirop grenadine. C’est aussi Julia qui m’a encore mis davantage en confiance à la fin pour dépasser les 220 km.
Samedi après-midi, beau et chaud, brouillard dans la nuit (on n’y voit guère) jusqu’à 10h le dimanche matin.
Irina Koval, 2ème, Simon Schmid 134 km 1er aux 12h, Christian Marti le finisher TransEurop, 2ème M50.

Gabi Werthmüller, Julia et Sandrine Wasser m’entoure, tout comme encore Nicolas, Emmanuel, Gabi et son ami Kees. Les beaux moments d’après course passé en bonne compagnie.
C’est aussi ces moments particuliers, où l’on se comprend parfaitement entre fous d’ultra-marathons qui nous font revenir sur des courses horaires, des distances un peu folles, des trails à n’en plus finir, à chaque fois de nouvelles aventures et de nouvelles connaissances où l’on se comprend tout de suite. Chacun a déjà vécu ce qu’à vécu l’autre, et chacun sait comment le corps et le cerveau fonctionne quand ça va bien, quand ça va mal. Mais étrangement, on reste accroc.
Pour les profanes, un conseil : n’essayez pas si vous avez peur du bonheur !!!!
Noiraigue, le 28 septembre 2011