
100 km des Championnats du monde de Gibraltar, 7 novembre 2010
Inscrit aux 100 km de Gibraltar à un jour du terme fin septembre, j’espérais être en forme 3 semaines après les 48 h de Royan. J’avais l’espoir que ma bonne série de 2008 se répète (48 h de Royan, 3 semaines plus tard 6 h de Waldhessen, 3 semaines plus tard 24 h de Séoul avec mon record de 248.965 km). Certes, cette fois-ci, les épreuves ont commencé avec les 24 h de Brugg, puis 3 semaines plus tard les 48 h de Royan avec un nouveau record à 378.464 km et 3 semaines plus tard les 100 km de Gibraltar. Il aurait été préférable que les 100 km se trouvent entre les 2 grosses épreuves, mais on ne peut pas choisir.
L’avant-dernière semaine avant Gibraltar, lors d’un entraînement à midi, je chute en forêt avec mon poing gauche entre ma poitrine et le sol. A moitié groggy, car le souffle coupé, je dois attendre avant de pouvoir me relever et de pouvoir courir. Le soir, les douleurs commencent vraiment et je dors mal. J’ai une côte fissurée et les muscles froissés, y compris dans le dos derrière le point de contact.
Je décide quand même d’aller courir à Gibraltar, suite à un entraînement effectué le jeudi 3 jours avant les 100 km qui me permet enfin de respirer à fond avec des douleurs acceptables.
A Gibraltar, je ressentirai de la gêne lors de la respiration surtout durant les vingt premiers kilomètres. Ensuite, les douleurs vont commencer à apparaître ailleurs dans le corps, certainement issues d’un temps de récupération trop court après mes 48 h. Elles vont se mélanger aux douleurs du thorax. C’est supportable mais je ne me sens pas du tout à l’aise, ça gêne de partout. Après un 50 km en 4 h environ, je remarque que mon rythme baisse car je me sens fatigué, pas dans le rythme, incapable de forcer pour maintenir mon tempo de 12 km/h environ. La deuxième moitié est pénible, ça tire sur les muscles des fessiers, dans les articulations des hanches, la plante des pieds brûle déjà depuis le 20ème kilomètre, les jambes sont lourdes et raides. Je ne suis qu’à moitié déçu car pas trop étonné.
J’ai presque tenté un coup de poker en m’alignant au départ. Mais la chance n’est pas de mon côté. C’est plutôt normal…Le rythme que je tiens n’est pas trop un problème mais il m’est impossible d’accélérer. Je rattrape quelques coureurs lors des 15 derniers kilomètres, mais je me fais aussi rattraper. Je n’arrive pas à sauter dans leur roue. Je reste pourtant positif et ai déjà plus ou moins calculé le temps qu’il me faudra pour terminer. J’assiste à la course des premiers, je constate les dégâts de ceux qui sont partis vite et qui ne tiennent pas le rythme, qui abandonnent après un tour à la marche pour certains. De les rattraper ne me réjouit pas le moins du monde car je n’ai aucun mérite d’avancer à mon rythme de 11 km/h environ pour les 50 derniers kms et ce n’est pas mon tempo qui les a fait perdre pied. J’encourage les nombreuses femmes qui me dépassent ou certains coureurs plus lents, ou des copains ou les premiers pour les féliciter. David Girardet, l’autre coureur Suisse présent fait une course magnifique, pour finir en 7h08 et battre son record personnel de 25 minutes. On se salue et on s’encourage à chaque fois qu’on se croise ou qu’il me dépasse. Je me fais aussi encourager par nombres de coachs d’autres pays, par Julia qui me ravitaille, par des spectateurs, dont Roman, un Suisse qui fait un pèlerinage, parti de Romanshorn via la Suisse, St-Jacques de Compostelle et Gibraltar. Nous avons fait connaissance le soir avant et on discutera encore beaucoup après la course et le lendemain dans la rue centrale et touristique de Gibraltar. Je termine en ayant les pieds en feu mais sans ampoules.
Je me suis nourri uniquement de liquide avec les boissons Powerade fournies par l’organisation que Julia me tendait à chaque tour et quelques gels. Un arrêt unique aux toilettes, pas de problèmes d’estomac. Je prends 3 fois une pastille de sel pour contrer des mollets qui se crispent.
Après 2 boucles initiales qui devaient nous amener sur les boucles de 5 km environ à parcourir 19 fois, l’ouvreur se trompe et refait une boucle de départ.
Cela va amener un peu de chaos. Les écriteaux marquant les dizaines de km seront dès lors mal situés et nous n’aurons pas de repères précis. Nous ferons une petite boucle mesurée exprès durant la course lors de la 12ème boucle pour corriger cette erreur. Un coureur Russe ne sera pas aiguillé sur cette petite boucle, donc il fera plus de 100 km et il manque la médaille de bronze individuelle et cela fait manquer la médaille de bronze par équipe aux Russes. Un autre fera 2 fois la petite boucle, sur l’ordre des commissaires et sera disqualifié du classement, malgré qu’il n’y puisse rien. Une Suédoise fera un tour de 5 km de trop, personne ne lui ayant dit qu’elle avait atteint l’arrivée mais heureusement pour elle, elle sera classée avec son temps pris lors de son passage des 100 kms. Voilà pour ce qu’on a su des désagréments de cette erreur du départ.
A part ça, le « village » était situé sur un paquebot de croisière, avec d’excellents repas très variés sous forme de buffets chauds et froids. L’ambiance était aussi très sympathique, j’ai toujours du plaisir à revoir d’autres coureurs et de parler un peu de notre saison de course respective. Avec Julia, nous logeons dans un hôtel espagnol de la ville frontière La Linea et devons à chaque fois passer la frontière où des bouchons se forment parfois, en raison de la piste d’atterissage de l’aéroport de Gibraltar, qu’il faut traverser.
Le lendemain de la course, le temps est venteux mais la température encore agréable. On visite la montagne de Gibraltar, ses singes, sa grotte aménagée pour des concerts, les galeries équipées de canons qui ont permis aux habitants de Gibraltar de lutter avec succès contre l’attaque des Espagnols et des Français, dans les années 1780-1790. On profite encore d’une journée d’été. Le lendemain, sous la pluie, nous quittons Gibraltar pour retourner à Malaga avec un stop pour une visite du Bioparc de Fuengirola où nous avons la chance d’avoir du soleil…alors qu’à Malaga, nous aurons de nouveau la pluie.
Finalement, ce fut un beau week-end et je suis motivé pour me préparer pour un 100 km au printemps, pour essayer d’effacer cette contre-performance et faire un temps j’espère autour des 8h. On verra…
Noiraigue, le 12.11.2010

